vendredi 12 mars 2021

Ecran du paraître

 Le sémioticien Greimas désignait la réalité fictionnelle par le terme écran du paraître. La fiction n'est pas la vérité mais la véridiction. Un certain nombre de gens considère que la littérature doit parler du monde et doit être un miroir du réel. 

Dans le milieu du polar les auteurs de roman d'énigme ou de thriller assument très bien d'être dans l'écran du paraître. Une partie des auteurs de noir aussi, ceux qui font du hardboiled. Il n'y a que les manchettiens intégristes qui sont dans le miroir du réel avec leur littérature d'intervention sociale.

Si chez les auteurs de fantasy l'écran du paraître est bien assumé, chez une partie des auteurs de SF on a du mal. Il faut trouver un aspect métaphorique pour rattacher le récit à un miroir déformant. Le récit ne saurait être qu'édifiant. Quand on connaît un peu l'histoire de la lecture en France, on reconnaît un modèle imposé par les bibliothécaires du 19éme siècle. Celui des "bons livres" qui devaient avoir une portée éducative ou édifiante et ne jamais être du simple divertissement. Justement il faut assumer d'être dans l'écran du paraître, ce qui n'empêche pas d'avoir un sous texte politique ou social. 

Adopter l'approche "worldbuilding does matter" et abandonner celle construire autour des seuls éléments spéculatifs semble un bon début pour y arriver. Nous avons besoin d'univers pas uniquement de concepts.

lundi 8 mars 2021

L'écosystème de l'imaginaire 3

 Nous avons donc déterminé que les deux piliers historiques de l'écosystéme SFF français étaient Fleuve Noir et Fiction. Que les deux étaient vendus en kiosque et maison de la presse.

Dans les maisons de la presse des années 80 et 90 on trouvait outre FNA, des collections comme J'ai Lu SF ou Pocket SF. Et les collections SF du Livre de Poche et Présence du Futur n'étaient pas absentes de certaines d'entre elles. La maison de la presse était donc au cœur de l'écosystème SFFF. Ou plutôt nous avions une dichotomie entre la SF populaire vendue en maison de la presse et la SF exigeante vendue en librairie. Le lecteur qui s'intéressait au deux savait dans quel point de vente il trouverait quoi.

Mais dans les années 90 pour des raisons que je n'explique pas, la SF et la fantasy ont déserté les maisons de la presse (alors que le policiers lui est resté). Donc un des pôle de vente a disparu. 

On nous dira que le supermarché a remplacé la maison de la presse pour le poche populaire. Mais c'est la ménagère qui fait les courses dans les grandes surfaces. Donc le marketing va y cibler plutôt un public féminin. C'est avec cette information en tête que Bragelonne a créé Milady. Donc ça ne recoupe pas le public de la maison de la presse.

Ce public des maisons de la presse s'est diversifié, rajeuni, et féminisé. Donc avec ces éléments en tête il serait sans doute possible de construire une offre adaptée. La reconquête des maisons de la presse est elle nécessaire ou même possible ? Je n'en sais rien mais elles ont été un élément important de l'écosystème SFFF. Leur mise en retrait a déséquilibré cet écosystème à la fin des années 90. Elles avaient même permis une certaine résistance quand le pôle librairie avait marqué un peu le pas dans les années 80. Ce qui est clair c'est qu'en plus des librairies on a besoin d'un deuxième pôle de vente. La vente en ligne peut recouper certains éléments mais sans doute pas tous.

Il faut se souvenir que dans les années 70, quand la BD était assez mal vue des libraires généralistes s'est créé un réseau de librairie spécialisée. Peut être aussi est ce une solution pour l'imaginaire. Un point de vente où l'imaginaire populaire et l'imaginaire exigeant se côtoierait et où l'on comprendrait que ce sont les deux faces d'une même pièce. L'imaginaire exigeant ne peut exister sans l'imaginaire populaire. 

L'écosystème de l'imaginaire 2

J'ai évoqué dans le précédent article le pilier qu'était Fleuve Noir Anticipation dans l'imaginaire français. 

Il faut maintenant évoquer le deuxième pilier la revue fiction. Créée dans les années 50, elle a duré jusqu'en 1990. Elle proposait aussi bien des traductions d'auteurs anglo-saxons que des auteurs français. Elle permettait à de jeunes auteurs francophones de se faire connaître et à faire leurs premières armes. Donc elle a apporté beaucoup. Beaucoup d'auteurs commençant par la nouvelle avant de passer au roman ça leur permettait d'aiguiser leurs plumes sur les textes courts avant de passer au roman. Donc de ce point de vue, la revue a eu un rôle majeur.

Il faudra attendre 1996 pour qu'une autre revue prenne le flambeau Galaxies. Avec une première époque jusqu'en 2007 avec Stéphanie Nicot aux commandes et une deuxième depuis 2009 avec Pierre Gévart. La revue permet à des auteurs francophones de se révéler tout en publiant des auteurs étrangers intéressants. Mais Galaxies est une revues qui ne se trouve que sur abonnement et dans un réseau de librairies intéressées. Il en est de même de la revue concurrente Bifrost. 

Fiction était disponible en kiosque et maison de la presse. Et ça change tout. Le public des maisons de la presse n'est pas forcément celui des librairies. On trouve des maisons de la presse dans des villes ou villages qui ont pas de librairies. On pouvait donc découvrir Fiction quand on habitait une petite ville de province. Au même titre qu'Anticipation et les collections de poche comme Pocket SF ou J'ai Lu SF, c'était une fenêtre sur les genre de l'imaginaire à laquelle on pouvait accéder dans de nombreux coins de la France profonde où les librairies n'avaient pas forcément de rayons SF développés.

dimanche 7 mars 2021

L'écosystème de l'imaginaire en France

 Si nous réfléchissons en terme d'écosystème nous pouvons nous demander si c et écosystème n'est pas perturbé. Et là nous devons revenir longtemps en arrière pour trouver l'événement perturbant.

Fleuve Noir a longtemps été l'épicentre de cet écosystème avec ses collections Anticipation mais aussi Angoisse. L'arrêt des collections de poche du Fleuve dans les années 2000 ( avec l'arrêt de Fleuve Noir SF qui avait succédé à Anticipation) marque le début de cette période de perturbation de l'écosystème de l'imaginaire francophone. Certes des éditeurs comme Rivière Blanche ou Armada ( ou plus récemment Pulp Factory, ma propre maison d'édition) ont repris le créneau mais avec une différence de taille. Ce n'est pas du poche et ce n'est pas vendu en maison de la presse. La disparition des collections populaires vendues en maison de la presse a conduit à la disparition du lectorat de ses points de vente. Un partie du lectorat populaire a disparu. 

C'est là qu'on se rend compte à quel point Fleuve Noir était central pour la SF. Certes la disparition des collections de poche est aussi le fruit des erreurs de l'éditeur ( le fait de ne pas s'ouvrir aux autrices dans les années 80 ou de créer une collection de fantasy parallèle à anticipation) mais pas seulement. La volonté de légitimation d'une partie du lectorat a conduit a l'embourgeoisement de notre littérature. Et lutter contre cet embourgeoisement ( ce que je fais depuis le début de ce blog) est mal vu d'une partie du fandom tant la volonté de légitimation est forte. Mais plus on s'avance dans cette légitimation, plus on accroit le déséquilibre de l'écosystème culturel des littératures de l'imaginaire francophone.

dimanche 17 janvier 2021

Pulpy vs Puppies, épisode 2020

Il y avait longtemps que je ne vous avais pas gratifié d'un nouvel épisode de notre feuilleton américain. 

Nous rappelons les forces en présences, d'un côté des auteurs conservateurs voire réactionnaires qui veulent s'arroger le monopole de la SF populaire. De l'autre, ceux qui ne veulent pas la leur laisser.

Je m'étonnais dans un précédent article qu'il n'y ait pas eu la création d'un anti Baen. Soit un éditeur de SF populaire qui publie des auteurs qui viennent pas forcément des milieu conservateurs ( ou pire) mais qui ose publier des auteurs de toutes opinions. Et là j'en trouve deux pour le prix d'un.

- D'abord LMBPN, crée dans un premier temps par Michael Anderle pour publier des romans dans les univers partagés qu'il a créé. Il a élargi son offre et publie de nombreux autres auteurs. Récemment il s'est rapproché de David Brin qui propose chez lui un univers partagé et il amené avec lui Nancy Kress et Sheila Finch. 

- Aethon Books créé par l'auteur Rhett Bruno, correspond bien à la définition d'un éditeur de Sf et de fantasy populaire publiant des auteurs de toutes opinions et de toutes origines. Il ratisse large de la Sf militaire au post apocalyptique en passant par le space opera classique et la sword and sorcery. Il a également une collection consacré à la LITRPG ( des romans dans des MMORPG. Imaginez Noob en roman). Son coup d'éclat : un roman de SF militaire écrit par l'acteur Lou Diamond Phillips.

Ces deux éditeurs se sont créés peu après la crise des Puppies. Ce qui prouve qu'il y a eu une réaction saine de la part de ceux qui ne voulaient pas voir la SF pulpy prise en otage par les réacs.

jeudi 7 janvier 2021

Qui sème l'élitisme.....

 Les éditeurs de l'imaginaire ont décidé de surfer sur le succès de Damasio et de faire la part belle à l'imaginaire le plus exigeant voire à des œuvres élitistes. Il faut des œuvres exigeantes, mais il ne faut pas oublier qu'elles ne sont lues que par une minorité. Il ne faut pas oublier qu'il faut proposer des œuvres de plusieurs niveaux de lectures différents du populaire à l'exigeant en passant par toutes les nuances entre.

En privilégiant l'élitisme on risque d'entraîner des réactions populistes. Et de voir se développer des collections populaires publiant des auteurs d'extrême droite. Les éditeurs facisants se feront une joie d'occuper le terrain libéré par les éditeurs de l'imaginaire. Certes nous sommes quelques small press à proposer du populaire et à résister - Rivière Blanche, Armada, Voy'el, Crin de Chimère ou ma propre ME Pulp Factory. On aimerait bien profiter de cet effet. Mais nous ne sommes pas suffisamment connu et n'avons pas nos entrée chez les libraires les plus en court.

samedi 12 décembre 2020

Worldbuilding does matter

 Désolé pour le titre anglais. Mais l'approche worldbuilding does matter, est une approche des littératures de l'imaginaire considérant qu'un univers cohérent est la base d'un récit de SF ou de fantasy. Apparue au cours de la deuxième moitié des années 2000 d'abord en fantasy, elle est ensuite arrivée en SF. 

Et finalement ce qui est intéressant c'est que ça donne un texte autrement plus vivant. On a un effet d'univers vraiment profond que ce soit pour un roman ou une nouvelle. C'est ça la nouveauté. Certains auteurs construisent vraiment un monde pour des récits courts. Et finalement je préfère de loin cette manière de faire. Et aujourd'hui les textes construits de cette ainsi sont vraiment ceux qui m'intéressent le plus. Elle ne reste pas réservé en SF au space opera. Des auteurs de récits du futur proche l'utilisent aussi. 

Et la France dans tout ça ? Nous avons quelques auteurs qui vont dans cette direction : Jean Bury, Anthony Boulanger, Sylvain Lamur, Ange Beuque et pas mal de jeunes auteurs qui sont en train d'arriver. Et pour reprendre l'aspect nouvelle je vous conseille de lire " le quartier des concubines" d'Arhana. Tout le récit est construit autour du worldbuilding même l'autrice nous présente les choses au fur et à mesure. On voit que la construction d'un tout cohérent était l'un des objectifs.