jeudi 22 juillet 2021

Nous sommes en deuil

 La SF française est en deuil. La mort de Roland C Wagner en 2012 fut un énorme choc qui a créé un grand vide. En 2015 la mort d'Ayerdahl en 2015 a eu un impact comparable. Le milieu ne s'en est toujours pas remis. Le vide est prêt à être rempli. La relève est là. Mais le deuil n'est pas terminé. Nous ne n'y sommes toujours pas prêt.

Même si ces deux auteurs nous manquent et que rien ne viendra combler ce manque, il faut aller de l'avant et continuer à faire évoluer le genre. Il y a des auteurs qui sont prêt à émerger. On les connaît, au moins certains. Il faut qu'ils prennent la place qui est la leur. Et pour ça il faut faire le deui.

mardi 20 juillet 2021

La SF française à la lumière de la spirale dynamique

 La spirale dynamique est un outil qui classifie l'évolution humaine entre le niveau beige (survivaliste) et la niveau turquoise ( holistique) en passant par le mauve (tribal), le rouge (égocentré), le bleu ( absolutiste), l'orange (opportuniste), le vert (idéaliste) et le jaune ( systémique).

La SF a quasiment commencé au niveau orange en tant que littérature très scientiste. Mais la SF française a suivi un cour chaotique. Une dominante bleue s'est allumée avec la SF politique française dans les 70 puis à nouveau un courant orange avec le groupe Limite dans les 80. Mais un jour la SF s'est mise en phase avec le siècle. Dans les années 90 une génération fortement verte apparaît ( Bordage, Genefort, Dunyach et même Ayerdahl) et même on comptait un auteur qui a réussi son ascension vers le niveau jaune ( Roland C Wagner avec une vision constructive du monde). Mais évidemment ça n'a pas duré.

Il a fallu qu'on aille chercher les bleus de droite Houellebecq et Dantec pour se légitimer. Et aujourd'hui c'est le bleu de gauche Damasio. Sans oublier l'attraction vers le orange avec la volonté d'aller chercher des auteurs qui écrivent de l'anticipation dans les collections de blanche ( même si sur le plan sémiotique ils n'ont pas la même démarche que les auteurs de SF cœur de cible). La volonté de se légitimer par rapport à la blanche est une démarche orange. En fait il faut dépasser ce cap et s'émanciper de tout pour s'assumer pleinement.

Et pourtant on a des verts très ascendants ( Bruno Pochesci, Jean Bury, Sylvain Lamur, Luce Basseterre) et même un auteur jaune ( Jean Christophe Gapdy). Et là je ne cite que des romanciers. Il y en a encore plus dans les nouvellistes (je pense notamment à deux autrices Lalex Andrea et Arhana). Bref il y aurait de quoi faire quelque chose de vraiment sexy avec la SF. Mais le succès de Damasio fait que certains veulent publier de la SF plus engagée ou plus littéraire. Bref s'engager dans des démarches soit bleues, soit oranges. Si l'on mettait en avant des auteurs verts ou jaunes il est clair que ça marcherait.

Bref et si la SF française n'avait pas le succès qu'elle méritait parce qu'elle n'était pas assez évolutionnaire. Ou plutôt parce que les auteurs les plus évolutionnaires sont mis en avant par de petites structures, là où les éditeurs plus importants prèfèrent des auteurs engagés ou littéraires.

lundi 26 avril 2021

Le réseau et les autres

 Les littératures de l'imaginaire sont un réseau. Les auteurs se lisent entre eux et conseillent la lecture de leurs petits camarades. 

En fait l'énoncé que je viens de prononcer est théorique. Et ne marche que dans le meilleur des mondes possibles. 

Car les auteurs qui sont placés au top du genre sont totalement inutiles dans ce jeu. Car ces auteurs ne lisent pas leurs camarades. Et pourtant ce sont eux qui ont la plus forte aura médiatique. Depuis 20 ans nous mettons au cœur du système des auteurs qui sont destinés à raccoller les lecteurs de blanche pour les faire venir à nous. J'ai toujours été dubitatif sur cette stratégie. Je pense qu'au niveau sémiotique trop de choses séparent les deux lectorats. On me répondra qu'il existe des lecteurs qui lisent les deux. Un peu comme il existe des poissons volants. Il y a plus de convergence avec le lectorat du polar et encore pas intégralement. J'arrête cette digression.

Mais on a mis en avant successivement Houellebecq, Dantec, Marie Darrieussecq et maintenant Alain Damasio. Des auteurs à part qui ne sont pas connecté au reste du réseau. Qui ne sont pas capables de valoriser le travail de leurs collègues de l'imaginaire. Damasio ne lit pas de fiction mais seulement des essais philosophiques. Donc il est incapable de valoriser le travail des autres auteurs de SF français, de monter au créneau pour les défendre. Damasio ne défend que Damasio. Pareil pour les autres nommés.

Dans les années 90, les chefs de file étaient Pierre Bordage et Ayerdahl. Deux auteurs cœurs de cible. Et curieusement la SF a bien marché quelques années. Et la SF s'est mise à bien marcher. Idem pour la fantasy autour de Mathieu Gaborit et Pierre Grimbert.  La fantasy a eu la chance d'avoir un Jaworski dans la décennie suivante. Nous avons de bons auteurs en fantasy et en SF. Ils sont capables de valoriser le travail de leurs collègues mais il leur manque l'aura médiatique qui pourrait faire décoller les choses.

La volonté de trop intellectualiser nos genres s'est retourné contre nous. 

jeudi 18 mars 2021

Ecosystèmes gigognes

 L'écosystème des littératures de l'imaginaire est lui même un élément d'ensemble plus vaste : l'écosystème de la culture de l'imaginaire. Cet ensemble comprend tous les autres médias de l'imaginaire : cinéma, TV, jeux vidéos, jeux de rôle et GN, bande dessinée ainsi que toutes les pratiques d'action culturelle qui peuvent être liées aux univers de l'imaginaire. 

Au sein de cet écosystème la littérature a été le cœur jusqu'aux années 70 où de nouveaux médias sont apparus : le jdr et les jeux vidéos. Ils ont entraîné une vague importante de créativité, de nouveaux types d'univers, de nouveaux tropes. Et ils ont ensuite infusé la littérature de SF et de fantasy. On s'en rend compte avec l'arrivée en France d'auteurs issus du jdr à la fin des années 90. Une nouvelle manière d'écrire, une nouvelle manière de créer des univers, une créativité assez débridée (je pense par exemple à Mathieu Gaborit ou à Nicolas Cluzeau sur ce dernier point). Ils ont enrichi à leur manière les littératures de l'imaginaire malgré la résistance du noyau dur du fandom. 

Pour que l'écosystème fonctionne il faut que tous les éléments soient en interaction. Et une partie du fandom s'oppose malheureusement farouchement au dialogue avec les éléments des autres médias. Ce qui freine des quatre fers l'évolution de l'écosystème des littératures de l'imaginaire, On le voit bien par exemple avec le rejet du jeu vidéo par exemple.

Récemment le critique britannique Aidan Moher a fait un article assez érudit où il évoque l'influence des RPG japonais sur console et notamment la série des Final Fantasy sur la jeune génération d'auteur de fantasy anglo-saxons. Ce qui montre encore une fois que les interactions peuvent donner des choses assez fabuleuses pour un peu qu'on les laisse prendre.

https://aidanmoher.com/news-opinion/2019/07/17/out-about-generation-jrpg/

Accepter les liens avec les autres médias, se mettre en dialogue au lieu de faire des littératures SFFF une forteresse assiégée me paraît une bonne attitude. L'ouverture fait toujours progresser. Mais la volonté de se tourner vers le public de la blanche est une négation de l'appartenance à l'écosystème culture de l'imaginaire et la volonté de se rattacher à un écosystème littérature.

Cet écosystème existe bel et bien pourtant. Nous avons surtout un écosystème littératures de genre qui en plus de l'imaginaire regroupe les littératures policières et la romance. Et curieusement là on voit des complémentarités se créer. Le thriller est contaminé par la SF ou le fantastique. La romance utilise des univers de la SF ou de la fantasy. Des littératures hybrides se créent. En blanche aussi quelques auteurs arrivent à dépasser le cap de l'anticipation dystopique et à construire des choses plus proches de nos littératures ( se souvenir d'Extrême Fiction d'Henri-Frédéric Blanc, ou de certains romans d'Eric Faye ou de GO Chateaureynaud). Ces compagnons de route même s'ils s'illustrent dans le champ de la littérature générale ont un intérêt pour les littératures de genre et en particulier pour l'imaginaire. Mais nous ne devons pas faire de l'écosystème une vache sacrée, au contraire nous devons essayer là aussi de dialoguer avec les littératures qui nous sont proches et non se réjouir dès qu'on a l'impression qu'un auteur de blanche fait de la SF. Se demander si les éléments de SF sont du fond ou juste de la forme. Si c'est un roman de blanche dans un monde de SF ou un vrai roman de SF.


mercredi 17 mars 2021

L'écosystème SFFF français aujourd'hui

 Après l'arrêt du poche chez Fleuve Noir l'écosystème a été déstabilisé et a perdu en cohérence.

Mais de nouvelles niches ont éclos entraînant son expansion dans les années 90. De nouveaux éditeurs venus du JDR amènent avec eux le public de ce loisir et créent une fantasy à la fois populaire et exigeante aux couleurs de l'hexagone. Un rapprochement entre les deux fandoms voit le jour même si le noyau dur du fandom SFFF est réticent au départ. 

C'est surtout ensuite que les choses vont se compliquer. La colonne vertébrale du nouvel écosystème ne sera pas une collection ou une revue mais des auteurs choisi parce qu'ils peuvent faire évoluer le genre vers sa légitimation : Houellebecq, Dantec et maintenant Damasio. 

D'un autre côté on constate le succès du young adult mais les lecteurs de young adult ne  passent pas tous à une SFFF plus adulte. Et la nouvelle structure de l'écosystème n'y est pas étrangère. On constate même dans une partie du fandom un mépris pour les lecteurs de young adult que l'on ne veut pas du tout intégrer.  Certains éditeurs, toutefois, ont fait l'effort de proposer un imaginaire young adult de qualité loin des sentiers battus et des stéréotypes. Je pense notamment aux Indé avec leur label Naos. 

Le passage d'un écosystème autour d'une SF et d'une fantasy populaire à un nouvel écosystème autour d'une littérature haut de gamme a totalement destabilisé l'écosystème qui n'arrive toujours pas à prendre une nouvelle forme définitive et continue à se métamorphoser mais sans se fixer. Il faudra bien un jour pourtant y parvenir tout en ayant une marge de manœuvres pour de nouvelles choses.

vendredi 12 mars 2021

Ecran du paraître

 Le sémioticien Greimas désignait la réalité fictionnelle par le terme écran du paraître. La fiction n'est pas la vérité mais la véridiction. Un certain nombre de gens considère que la littérature doit parler du monde et doit être un miroir du réel. 

Dans le milieu du polar les auteurs de roman d'énigme ou de thriller assume très bien d'être dans l'écran du paraître. Une partie des auteurs de noir aussi, ceux qui font du hardboiled. Il n'y a que les manchettiens intégristes qui sont dans le miroir du réel avec leur littérature d'intervention sociale.

Si chez les auteurs de fantasy l'écran du paraître est bien assumé, chez une partie des auteurs de SF on a du mal. Il faut trouver un aspect métaphorique pour rattacher le récit à un miroir déformant. Le récit ne saurait être qu'édifiant. Quand on connaît un peu l'histoire de la lecture en France, on reconnaît un modèle imposé par les bibliothécaires du 19éme siècle. Celui des "bons livres" qui devaient avoir une portéde éducative ou édifiante et ne jamais être du simple divertissement. Justement il faut assumer d'être dans l'écran du paraître, ce qui n'empêche pas d'avoir un sous texte politique ou social. 

Adopter l'approche "worldbuilding does matter" et abandonner celle construire autour des seuls éléments spéculatifs semble un bon début pour y arriver. Nous avons besoin d'univers pas uniquement de concepts.

lundi 8 mars 2021

L'écosystème de l'imaginaire 3

 Nous avons donc déterminé que les deux piliers historiques de l'écosystéme SFF français était Fleuve Noir et Fiction. Que les deux étaient vendus en kiosque et maison de la presse.

Dans les maisons de la presse des années 80 et 90 on trouvait outre FNA, des collections comme J'ai Lu SF ou Pocket SF. Et les collections SF du Livre de Poche et Présence du Futur n'étaient pas absente de certaines d'entre elles. La maison de la presse était donc au cœur de l'écosystème SFFF. Ou plutôt nous avions une dichotomie entre la SF populaire vendue en maison de la presse et la SF exigeante vendue en librairie. Le lecteur qui s'intéressait au deux savait dans quel point de vente il trouverait quoi.

Mais dans les années 90 pour des raisons que je n'explique pas, la SF et la fantasy ont déserté les maisons de la presse (alors que le policiers lui est resté). Donc un des pôle de vente a disparu. 

On nous dira que le supermarché a remplacé la maison de la presse pour le poche populaire. Mais c'est la ménagère qui fait les courses dans les grandes surfaces. Donc le marketing va y cibler plutôt un public féminin. C'est avec cette information en tête que Bragelonne a créé Milady. Donc ça ne recoupe pas le public de la maison de la presse.

Ce public des maisons de la presse s'est diversifié, rajeuni, et féminisé. Donc avec ces éléments en tête il serait sans doute possible de construire une offre adaptée. La reconquête des maisons de la presse est elle nécessaire ou même possible ? Je n'en sais rien mais elles ont été un élément important de l'écosystème SFFF. Leur mise en retrait a déséquilibré cet écosystème à la fine des années 90. Elles avaient même permis une certaine résistance quand le pôle librairie avait marqué un peu le pas dans les années 80. Ce qui est clair c'est qu'en plus des librairies on a besoin d'un deuxième pôle de vente. La vente en ligne peut recouper certains éléments mais sans doute pas tous.

Il faut se souvenir que dans les années 70, quand la BD était assez mal vue des libraires généralistes s'est créé un réseau de librairie spécialisée. Peut être aussi est ce une solution pour l'imaginaire. Un point de vente où l'imaginaire populaire et l'imaginaire exigeant se côtoierait et où l'on comprendrait que ce sont les deux faces d'une même pièce. L'imaginaire exigeant ne peut exister sans l'imaginaire populaire.