mercredi 3 mai 2017

Les espoirs de l'imaginaire : Elodie Serrano

1 - Peux tu te présenter en quelques mots ?
Elodie Serrano, 28 ans, lyonnaise d’adoption depuis quelques années après avoir grandi dans le sud-ouest. Future ex-vétérinaire et noctambule assumée. J’écris des nouvelles depuis mes 15 ans, même si je ne m’y suis mise sérieusement que depuis 3-4 ans. Des romans, aussi, selon les idées, avec tout de même un amour certain pour le space opéra. Comment résister à l’aventure ?

2 - Comment es tu venue à l’écriture ?
Difficile à dire, je n’ai pas de souvenir d’une époque où je n’aurais pas écrit. J’ai toujours adoré les rédactions à l’école et j’ai un cahier rempli de début d’épopées qui ont commencé à me titiller après ma découverte de la SFFF avec « Le seigneur des anneaux », à 12 ans. Puis, j’ai découvert le forum de Mille Saisons, les communautés d’auteurs en ligne et les fanzines. Je me suis dit que les nouvelles, de part leur format court, seraient un bon moyen de lutter contre mon incapacité à finir quoi que ce soit. Mon premier texte n’a pas été retenu, mais il garde une petite place dans mon cœur. Je me dis parfois qu’il faudrait que je ré-exploite l’idée, un jour. Bref, après, j’ai un peu lâché l’affaire avec la prépa et les études, avant de reprendre de façon intense grâce à une autre communauté, Cocyclis. Depuis, je m’accroche.

3 - Peux tu nous parler de ton roman « les baleines célestes » qui paraîtra en 2018 chez Plume Blanche ?
Il s’agit d’un space opéra, à base de baleines de l’espace, créatures légèrement destructrices, et de pauvres humains lancés à la poursuite de l’une d’entre elles. J’ai essayé d’instiller un certain « sens of wonder » dans cette histoire, tout en emportant mes lecteurs dans cet aventure avec légèreté. Et même quelques touches d’humour. J’espère que ce roman donnera le sourire.

4 - Tu es vétérinaire dans le civil. Est ce que tu aimes raconter des histoires avec des bestioles bizarres et biologiquement plausibles ?
C’est un espace complexe, le plausible, je trouve. Je cherche avant tout à me faire plaisir à imaginer des choses sympas. Après, oui, j’essaie de donner un atour cohérent au tout. Par exemple, dans « Les baleines célestes », j’ai effectivement passé beaucoup de temps à réfléchir aux points clefs du fonctionnement de l’animal : comment elle communique, mange, croît, se reproduit. Toutes fonctions essentielles du vivant. C’est d’ailleurs un peu frustrant, quand on réfléchit à tout et qu’on doit éliminer pleins de détails pour ne pas noyer le lecteur d’informations inutiles.
Après, mes connaissances sur le monde animal m’amènent surtout à être un peu casse-pied sur les espèces réelles, je pense. Comme le loup, sur lequel j’ai fait ma thèse.

5 - Peux tu nous présenter tes autres projets littéraires ?
J’ai préparé l’été dernier un recueil de nouvelles fantastiques qui devrait sortir en fin d’année chez Malpertuis. J’ai aussi quelques nouvelles individuelles à paraitre chez Brins d’Eternité, Gandahar et dans la prochaine édition de l’anthologie annuelle de Malpertuis.
Sinon, j’ai toujours plein de choses à différents stade de travail sur la planche. Un space op en cours de premier jet, un autre en corrections et un roman jeunesse sur les loups auquel je tiens beaucoup et qui s’apprête à tenter sa chance chez les éditeurs. Il faut bien rester occupé. 

dimanche 23 avril 2017

Les espoirs de l'imaginaire : Sylvain Lamur

1- Peux tu te présenter en quelques mots ?
Bonjour, Sylvain Lamur, auteur toulousain de 37 ans. Je publie des nouvelles de fantastique et de SF depuis 2012, dans des anthologies, des revues, etc... et j'ai un premier roman qui est paru en mars dernier, chez Rivière Blanche.
2- Comment es tu venu à l’écriture ?
J'y suis venu très tôt ; d'abord pour jouer, tout simplement. Aujourd'hui encore je garde en ligne de mire cet aspect de plaisir pris à tordre la réalité dans tous les sens, à l'essorer et et la déformer autant que l'on veut. Chronologiquement, je dirais que j'ai commencé vers les 10 ans, avec des petites histoires de rien du tout, illisibles et jamais terminées ; et puis, c'est toujours resté là , comme une priorité à laquelle on ne cède pas parce qu'il faut bien que la vie se fasse, que l'assiette se remplisse. Jusqu'au jour où j'ai décidé de m'y mettre sérieusement : que ce soit écrire ou soumettre mes textes. J'avais trouvé un travail entre temps, que je pratique toujours. Ça aide, quand on veut prendre le temps de construire une vraie démarche - en tout cas, ça m'a aidé, moi, et je crois que j'aurais été incapable de le faire sans ça. Il y a aussi eu une maturation indispensable, je crois.
3 - Peux tu nous parler de Quaillou, ton premier roman paru chez Rivière Blanche ?
Il s'agit d'un Space Opera, un genre qui revient en force et que je suis assez fier de représenter, à mon humble niveau. Je l'ai écrit sans trop réfléchir, en essayant d'y mettre un rythme intense grâce à des chapitres très courts et en le bourrant de péripéties burlesques, invraisemblables ou plus dramatiques. On y trouve, en vrac, un drôle d'astéroïde, un séducteur à la manque, des trous cachés dans les replis de l'espace, des nymphes tentatrices ô combien dévouées et efficaces, une prison où on est heureux, une paire de robots au service d'une inspectrice de police chauve, un porte-monnaie inépuisable et le Sage du fin-fond de l'espace, qui connaît la réponse à TOUTES les questions. Ma perspective est d'arriver à construire des histoires où la narration ne nous prive pas de recul poétique ou de réflexions diverses sur l'ordre des choses, la psychologie des uns ou des autres, les priorités de l'univers... J'espère y être arrivé, mais ce sera au public de me le dire.
4 - Tu as écrit plusieurs novellas steampunk chez House Made of Dawn. Est ce que tu comptes revenir à ce genre ?
Absolument ! Je suis un gros gros fan de Powers, Blaylock et Jeter, qui ont inventé le genre et sont pour moi des auteurs source ; j'ai, depuis, pas mal lu dans le genre, avec de bonnes trouvailles (Pevel, Gibson/Sterling, Paul Di Filippo...) et d'autres déceptions (non, je ne citerai personne) ; j'ai aussi beaucoup découvert des productions effectives des genres de l'imaginaire au 19ème siècle, le Merveilleux scientifique que l'on redécouvre depuis quelques années. Un recueil de nouvelles, qui contiendra entre autre Une Horlogerie Complexe, déjà parue l'année dernière dans Etherval, et Ngurummpii, une petite nouvelle sur un petit aborigène confronté aux conséquences de l'installation des Blancs dans son pays au XIXème siècle et qui est présente dans le recueil Gentlemen Mécaniques, aux éditions de l'Instant, a été retenu pour publication et est  en attente... pour l'instant. Ensuite, les deux novellas publiées chez House Made of Dawn, Le Sens de la vie et De Monstrorum natura, ont été développées en un roman, dont l'une des ambitions est de rendre hommage à la littérature du 19ème. J'ai encore pas mal de travail dessus, et ensuite je me lancerai dans la recherche d'un éditeur. Il y aura encore d'autres projets, lointains ; l'un d'entre eux portera sur un personnage qui me fascine, un explorateur toulousain dont la mort reste non élucidée et entourée de nombreux mystères. Mais c'est encore lointain.
5- Quels sont tes principaux projets littéraires ?
Quaillou, qui marche assez bien, va connaître une suite, à paraître toujours chez Rivière Blanche en 2018 ; il y aura peut-être même une trilogie, au final, composée de trois histoires qui pourront se lire à la fois indépendamment et être reliées les unes aux autres. Ensuite, j'ai en préparation une autre anthologie pour les éditions Arkuiris, sur un thème un peu complexe, Tisseurs de mondes. J'aimerais en préparer d'autres, mais je verrai ce que celle-ci donne, déjà.

vendredi 21 avril 2017

Les espoirs de l'imaginaire : Tiphaine Levillain

1- Peux tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Tiphaine et je vis actuellement en pleine campagne bretonne, dans une yourte, avec mon Lutin, mes chiens et mon chat. Depuis quelques mois, mon bureau se trouve dans une caravane : la vraie vie de bohème ! Cela reflète assez bien la vie que je mène, entre organisation de chasses au trésor, de jeu de rôle grandeur nature, de jeux de piste et la création de spectacles mettant en scène des créatures imaginaires… À l’aube de ma trentième année, on peut dire que j’ai assez bien réussi à réaliser mon rêve de petite fille : je vis dans des mondes imaginaires à longueur de temps !

2 - Comment es tu arrivé à l’écriture ?
J’ai toujours aimé les histoires. Petites, je lisais et relisais les recueils de contes et légendes qu’on avait à la maison. Puis j’ai voulu raconter la mienne, pour la première fois en sixième. Il s’agissait des aventures d’une petite fille en Brocéliande, qui rencontrait dragons, elfes, lutins, fées… Mon univers n’a pas vraiment changé depuis ! J’ai naturellement continué au fil des années, et puis un jour, j’ai voulu tenter le coup plus sérieusement et j’ai participé à mes premiers appels à textes, en 2013. Depuis, j’ai des phases d’écriture intense et des phases où rien ne sort de personnel (pour le travail c’est autre chose…), mais ça ne m’a jamais vraiment quitté en tout cas, ce besoin de raconter des choses aux autres.


3 - Tu viens du théâtre de rue. Est ce que tu connais d’autres auteurs de l’imaginaire qui sont originaire de ce milieu ? Penses tu que l’on soit susceptible d’y trouver un vivier d’auteurs comme le le jdr l’a été dans les années 90 ?
J’ai creusé dans ma mémoire, je crois en connaître un ou deux, mais finalement, je ne fréquente que trop peu ce milieu (ma compagnie fait de belles dates, mais très peu !). C’est sans doute possible d’y trouver plusieurs auteurs potentiels, mais du coup je n’ai pas de recul. Par contre, je peux témoigner que le monde du jeu de rôle et du grandeur nature est toujours aussi vivace et prolifique et qu’à mon avis, on peut toujours y trouver pas mal d’auteurs !

4 - Dans « éradication » et « déclaration de guerre » tu mêle SF et fantasy. Dans « Saint City » tu mélanges zombies et western. Qu’est ce qui t’attire dans le mélange des genres ?
C’est la liberté sans doute. Je n’aime pas les cases ! J’ai des nouvelles qui s’en tiennent à un genre, ça arrive aussi, mais si je dois partir ailleurs et mélanger deux ou trois genres, je ne m’embarrasse pas de questions, je le fais. Il est plus facile pour moi de mélanger SF et Fantasy, mais je m’étais bien amusée à faire mon zombie/western aussi ! Je n’aime pas les limites, je n’arrive pas à m’y tenir. Et puis j’aime l’idée que même dans dix siècles, la magie et les légendes côtoieront toujours la technologie… Alors pourquoi pas dans mes histoires aussi !

5 - Dans ta nouvelle « Lobre » tu semble très à l’aise avec l’histoire et la géographie de ton monde. Cette nouvelle s’inscrit - elle dans un ensemble plus vaste que tu vas décliner dans d’autres textes ?
Lobre était clairement un one-shot, je n’ai rien d’autres de prévu pour cet univers, encore que, ma foi, cette nouvelle pourrait prendre place dans un de mes univers Fantasy sur lequel je travaille de façon inégale depuis quelques années. Dans tous les cas, j’aime savoir ce que je raconte, j’ai besoin que les choses s’articulent de façon logique, ça m’aide à écrire. Du coup, en l’occurrence, j’avais besoin de savoir d’où venait mes deux fuyards, pourquoi, et où ils essayaient de se rendre. Sans ça, je n’aurais pas réussi à trouver un intérêt à l’histoire. Je travaille presque toujours comme ça quand je réfléchis à un nouveau projet. C’est même parfois sacrément contraignant…

6 - Peux tu nous présenter tes principaux projets littéraires ?
C’est assez chaotique ! Le principal projet n’est pas seulement littéraire, même s’il comprend une grosse part d’écriture : c’est l’organisation d’une grosse chronique de Grandeur nature sur 10 ans, dans un univers entièrement créé (et là, quand je dis que c’est contraignant que tout s’articule de façon logique… c’est un euphémisme). Ce projet est en partie littéraire, parce qu’il comprend l’écriture des histoires des quelques centaines de personnages, des peuples, des contes et légendes, mais aussi de nouvelles… Et bientôt, on annoncera officiellement qu’on rédigera un roman par an, racontant ce qui se passe dans cet univers, ailleurs. Par exemple, nous avons tout lancé en février 2016. Je m’attèle depuis peu à l’écriture d’un roman racontant ce qui s’est déroulé pendant l’année écoulée, ailleurs, en prenant en compte les actions des joueurs. On fera ça chaque année. Du coup, impossible de trop prévoir à l’avance, mais c’est un peu la beauté du projet !

Sinon, je me suis remise depuis peu à une aventure de Pavel Erkum (mon détective lutin), parce que je me suis rendue compte que les projets vraiment personnels manquaient à mon épanouissement. Je tiens énormément à ce projet de personnage récurent (donc une aventure a déjà été publiée dans un recueil de nouvelles !), et c’est d’ailleurs pour ça que je compte bien enchaîner sur une aventure western de mon exploratrice lutine, Kirkima Latross !

En dehors de ça… Chaque chose en son temps ! Je songe tout doucement à recommencer à participer aux appels à textes… On verra, l’année s’annonce déjà très chargée ! :)

dimanche 16 avril 2017

Les espoirs de l'imaginaire : Jean Christophe Gapdy

Jean Christophe Gapdy fut ma découverte de 2016. Découvrons un peu plus cet auteur.

1 - Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Jean Christophe Gapdy – un pseudo d’auteur, je précise – et je signe souvent JCG. Informaticien dans ma vie de à (non-auteur). Marié, dans cette même vie, et quelques garçons. Pas assez pour faire une équipe de volley – il en manque deux – mais suffisamment pour avoir occupé une vie et une maison.

2 - Comment es-tu arrivé à l’écriture ?

En tombant dedans, à force de lire. C’est devenu une passion après que mon père ait acheté une machine à boules IBM, quand j’étais ado. J’avais trouvé ça extraordinaire. Aussi, ai-je pris un de mes cahiers où je notais le début de tas d’histoires et j’ai commencé à taper. Un jour, j’ai laissé trainer quelques pages sur le bureau d’écolier de ma chambre ; mon frangin les a piquées et les a lues. Il est venu me demander la suite et ça a fait tilt. Depuis j’écris dès que je peux. Jusqu’à ces dernières années, c’était un « plaisir » personnel. Ce qui veut dire que je m’intéressais à l’histoire et aux personnages sans me préoccuper du style. En 2012, j’ai répondu à un concours de nouvelles en hommage à P.K.Dick. Il m’a donc fallu revoir mon écriture, suffisamment pour donner naissance à « Aliens, Vaisseau et Cie » en 2015.
Depuis que je suis publié, j’ai pu travailler ce style. Grâce à deux personnes qui m’ont montré mes défauts et tics. D’abord Frédéric Lebeuf Castle, avec qui je viens de coécrire un roman. Ensuite Bernard Viallet, auteur de plusieurs romans SF. Grâce à eux, j’ai commencé à adopter un style plus personnel, tout en restant dans le genre old-school que j’aime, mais que j’ai retravaillé pour le faire correspondre à notre époque, avec un vocabulaire plus moderne.

3 - Dans les nouvelles de SF que j’ai eu l’occasion de lire, on a l’impression que tu as créé une véritable histoire du futur. As-tu systématisé une timeline ?

Oui, tu parles de l’Univers de SysSol, qui est en référence de ma page Facebook. Il existe une timeline assez détaillée qui, pour l’instant, va de 2030 à 2235. Cet univers part de découvertes qui se sont révélées indispensables à son existence.
J’ai daté la première en juillet 2030 ; c’est le « craking SHM » qui permet de casser et réassembler certaines chaines moléculaires autour de l’hydrogène et de l’oxygène. Cette invention va permettre d’obtenir de l’oxygène et de l’eau avec peu d’énergie et des matières premières que l’on peut trouver dans tout le système solaire. Je précise que ce n’est pas de la transmutation ; on ne modifie pas les atomes.
La seconde est liée aux moteurs thermoplasmiques, eux aussi en 2030. Ils vont permettre de réduire la durée des voyages spatiaux ; rejoindre Mars, Vénus et autre se comptera en semaines et non en mois ou années.
Ces deux inventions ouvrent la conquête du Système Solaire. En 2032, le projet de colonisation « Mars-Life » devient une réalité ; deux ans plus tard, la première cité martienne sous dôme accueille des colons. On attendra 2051 pour que Vénus soit abordée avec des villes flottantes ; cette idée est partie d’un projet de la NASA :
http://www.dailymotion.com/video/x2d45dz_une-simulation-vers-venus_tv
Chaque nouvelle ou roman que j’écris dans l’univers de SysSol s’appuie sur cette timeline qui, de ce fait, se complète d’un texte à l’autre.


4- - Tu as écrit un roman en collaboration avec FL Castle. Écrire un roman à quatre mains ça se passe comment ? Comment met-on ses idées en commun et décide-t-on de ce que l’on garde et de ce que l’on abandonne ?

Ça se passe très bien. Nous sommes complices depuis deux ans avec une même idée de la SF populaire et des univers que l’on aime. Côté travail, on a débuté par le contexte, la situation politique, humaine, les avancées scientifiques, les conflits à l’époque du roman, c’est-à-dire 2103. A suivi le scénario avec sa timeline qui part de 2031, un vocabulaire léger, mais précis. Ensuite, ce sont les personnages, très détaillés, car nos protagonistes viennent de toute la Terre et ne sont pas liés à des stéréotypes homme-femme. Tout ça, ce sont des échanges, des discussions, des idées lancées, mais pas toujours retenues. Après seulement vient le travail d’écriture. On échange, relit, on annote, corrige, etc. jusqu’à se dire oui, c’est ça ! C’est presque réel, conforme aux personnages, aux événements. Comment jette-t-on ou garde-t-on ? En se demandant si c’est indispensable et si ça apporte quelque chose à l’histoire, à un personnage. Un rejet n’est pas une critique, c’est un constat d’inutilité. On se fiche de savoir qui a eu l’idée ; on se demande juste si elle est chouette pour l’histoire et le roman.

5- Ta démarche rappelle celle de Serge Lehman à la fin des années 90. Est-ce que c’est une référence pour toi ?

Ses premiers écrits m’ont sans doute influencé, mais PK Dick, Jeury, Vance, Asimov, Wul, et des dizaines d’autres aussi. J’apprécie les univers qui restent les nôtres, sans chercher des futurs trop lointains, sans l’exotisme de races extraterrestres. J’aime bien ST et SW, mais je trouve plus intéressant notre proche avenir, d’ici cinquante, cent ans. Le jour où nous serons capables d’atteindre une planète hors du système solaire n’est pas près d’arriver ; aussi, Mars, Vénus, Europe, Jupiter, la Terre, les humains, les androïdes forment-ils mon univers.
Le fait qu’il se soit déclaré polygraphe serait plus le point clef. Mélanger des thèmes me titille. J’ai des textes – non publiés – en ce sens ; on trouve dans mes tiroirs un policier, un thriller, des nouvelles fantastiques, et surtout un roman mêlant intimement SF et Fantasy, son défaut étant d’être en 6 tomes. Le mélange SF-policier, au-delà du technothriller, me passionne plus que tout. Je l’ai utilisé avec deux nouvelles « Buvez, éliminez » et « Surveillance ».

5- Peux-tu nous présenter tes principaux projets littéraires ?

Ils sont nombreux. Dans ceux achevés, il y a le roman SF « Les fleurs de Syrtis-Major – Les Mondes de Quirinus » coécrit avec Frédéric L. Castle. Deux autres sont en attente de réponses d’éditeur : un roman de SF syssolienne « La gueule des vers » et un recueil de nouvelles SF féminines « De sang et d’androïdes ».
Pour les projets en cours, il y a d’abord la suite de la « Gueule des Vers » dans lequel les nanotechnologies et les bioandroïdes ont la part belle, prévue pour septembre.
Le projet qui me tient le plus à cœur est lié à Gérulf, le héros de « Surveillance ». Il s’agit, là encore, de mon univers syssolien où je suis le plus à l’aise, déjà cadré avec la timeline dont nous parlions. Ce brave Gérulf méritait un roman. C’est en préparation et, là aussi, on vogue dans la pulp-fiction, dans le genre d’Amazing Stories, revue pour laquelle Asimov, Bradbury, et bien d’autres ont écrit. Prévision de finition de la version initiale d’ici fin juin, en espérant le faire valider en vue de son édition ; après ce sera relecture et correction.
Si Gérulf est bien accueilli et se trouve édité, il vivra vraisemblablement d’autres aventures. Il fait partie des héros et héroïnes auxquels j’attache une importance toute particulière.
Les « Mondes de Quirinus » auront, eux aussi, une suite dont nous avons commencé le scénario avec Frédéric. Enfin, je dois faire éclore « BY » dont le brouillon des premières pages est sur mon blog, tout en finalisant mon recueil de nouvelles fantastiques.
De quoi m’occuper pour les mois à venir. J’avais terminé 2016 avec un million et demi de signes écrits en 18 nouvelles et un roman. L’année 2017 est partie pour les dépasser.


lundi 3 avril 2017

Les espoirs de l'imaginaire : Emilie Querbalec

  1. Peux tu te présenter en quelques mots ?
    Bonsoir Fabien, avant tout, je tiens à te remercier de m’offrir cette petite tribune.
Pour me présenter, ce sera simple : je suis une créature de sexe plutôt féminin, amatrice de science-fiction et fantastique et apprenti écrivain. Mes premières influences SF sont à rechercher plutôt du côté des arts visuels, mangas, BD et films. Étant moitié japonaise, j’ai été littéralement biberonnée aux animes, et mes premiers éblouissements furent avec des films comme « Galaxy Express 999 » (du créateur d’Albator) ou, plus tard, « Nausicaa de la vallée du vent » (de Miyazaki). J’ai aussi adoré des séries ultra kitsh comme « Sankukai », ou, en plus violent, « Ken le survivant ».

  1. Comment es tu venue à l'écriture ?
    Je te dirai, comme tout le monde ! J’écrivais des histoires étant petite, j’en écrivais étant ado, mais j’ai tout arrêté une fois entrée à l’âge adulte, parce qu’écrivain, ce n’est décidément pas un métier. J’y suis revenue beaucoup plus tard, en 2007, grâce à une rencontre : une amie qui écrit de la poésie voulait monter une sorte de cercle littéraire. On y parlait de nos lectures, mais on pouvait aussi y lire nos textes, pour celles qui écrivaient. Je me suis piquée au jeu, et j’ai écrit quelques nouvelles fantastiques. Deux d’entre elles ont été publiées chez les Artistes Fous Associés et dans l’antho fantastique Malpertuis.
En 2012, j’ai découvert par hasard qu’il existait des communautés d’écrivains amateurs sur la toile, en tombant sur un forum dédié aux littératures de l’imaginaire. Une sacrée surprise !
Cette rencontre a énormément influé sur la suite de mon parcours. Je me suis mise à lire de la fantasy, et j’ai découvert qu’il existait tout un monde un peu souterrain de petits éditeurs de l’imaginaire, avec des auteurs francophones de talent, et tout un univers foisonnant de créativité qui gravitait autour.

  1.  Tu as publié une novella de sword and planet chez Fantasy RCL, la Reine de Zangalar. Peux tu nous en parler ?
    La Reine de Zangalar est la deuxième nouvelle que j’ai écrite pour répondre à un « AT ». Olivier Lusetti, fondateur de Fantasy Éditions.Rcl, recherchait des textes pour lancer sa collection « Du numérique au Fantastique », et j’ai tenté ma chance. Quelques temps plus tard, il m’a contactée pour savoir si j’étais prête à retravailler cette première version sous sa direction. Je l’étais, bien sûr ! Olivier m’a poussée au maximum, en exigeant notamment que j’insère une scène de combat – je n’avais jamais écrit de scène de combat de ma vie. Mais alors j’ai eu cette vision de cette lutte à mort pour la possession Indrasil, l’épée d’éternité, au-dessus de la gueule du volcan martien. Restait à l’écrire, et je ne sais pas comment, mais je l’ai fait 😊 (enfin, si : j’ai regardé des tonnes de vidéos de MMA pour me faire une idée de ce que c’est que de s’étriper sur un ring).

  1. 4. Quels sont tes autres projets littéraires ?
    Mes autres projets littéraires englobent l’écriture de nouvelles, car c’est un format qui permet beaucoup d’expérimentations. Certaines mélangent les genres comme pour « La Reine de Zangalar », d’autres relèvent beaucoup plus de la SF contemporaine dans leur inspiration. J’ai aussi un roman qui devrait sortir en 2018, il s’agit d’un Planet Opera très proche de la Fantasy, mais avec des éléments de modernité qui, je l’espère, l’insère aussi dans notre époque. On y retrouve le personnage d’un Nadjam, ce clone de guerre conçu par le roi Zangalar dans la nouvelle dont nous parlions auparavant. J’aime beaucoup la thématique du clonage, car c’est une parfaite métaphore de la double identité – ce genre de choses me fascine. J’ai aussi un autre projet, un vrai space opera cette fois-ci, dont j’aimerais commencer l’écriture dès que j’aurai fini la première phrase de corrections sur mon premier roman.


mardi 28 mars 2017

Défendons l'imaginaire

Enfin, plusieurs éditeurs ont signé un manifeste pour défendre les littératures de l'imaginaire. L'on comprend finalement que la défense de nos genres favoris est un acte politique.
Face à des libraires et à des bibliothécaires qui nous méprisent (heureusement qu'à coté il y en a des biens pour nous défendre), face à une grande presse qui nous snobe, la mobilisation est la seule solution.
Il semble que d'autres actions sont en préparation. Ce manifeste arrive après le regroupement de quatre petits éditeurs le mois dernier sous la forme d'un syndicat des éditeurs de l'imaginaire. Je sais que des états généraux de l'imaginaire sont également prévus pour la fin de l'année.

Contrairement au polar, l'imaginaire a mauvaise presse. Cheval de Troie de la culture américaine pour  la gauche caviar, littérature trop vulgaire pour la droite conservatrice, on se demande si l'on plait à qui que ce soit. A si aux geeks. Mais si les geeks anglo-saxons ont des salaires à cinq chiffres bon nombres de geeks français sont confrontés au chômage et à la précarité. Ça n'aide pas non plus.

On me dira que le polar a réussi à rentrer dans les mœurs. Oui, mais le thriller français est devenu populaire à partir du moment où le thriller est devenu le langage hollywoodien dominant (1). Le roman noir a lui, renoncé à être du roman policier pour être de la littérature sociale. Donc on ne peut pas dire que ce soit forcément une voie à suivre.

Reste que les littératures de l'imaginaire sont absentes d'une grande partie du territoire. Et qu'aujourd'hui plus que jamais il faut les amener dans les zones rurales, dans les petites villes, dans les banlieues, dans certaines villes moyennes aussi. Pour que les jeunes (mais aussi les moins jeunes) puissent trouver de quoi rêver et ne comblent pas leur soif d'idéal dans les extrêmismes et dans la drogue. Si les éditeurs s'allient, peut être que ce problème de zone blanche sera un des premiers dossiers auxquels ils vont s'attaquer. En tout cas je l'espère.

Ce manifeste c'est aussi le refus de s'appuyer sur des béquilles. Pour les uns il fallait viser le public de la blanche, pour d'autre il fallait se rapprocher du polar ou encore de la romance. Ces stratégies ont fini par brouiller le message et je ne crois pas qu'elles ont donné les résultats escomptés. Il est temps que l'imaginaire s'assume en tant que tel. Que la science fiction et la fantasy se considèrent comme des littératures importantes d'aujourd'hui. Si les institutions culturelles ne veulent pas jouer le jeu tant pis. Si l'on ne veut pas nous voir rentrer par la porte autant entrer par la fenêtre et en force pour montrer qu'il ne faut ni nous snober, ni nous prendre pour des abrutis.

(1) Avec tout le succès des films de super héros aujourd'hui, je me demande si le développement d'une littérature super-héroïque aurait un vrai succès populaire.

samedi 4 mars 2017

Pulpy versus Puppies

Non les puppies ne défendent pas le pulp. Loin de là. Les auteurs pulp ou old school sont ailleurs aujourd'hui.

Yoon Ha Lee est certainement l'un des auteurs les plus old school du moment. C'est la Leigh Brackett des années 2000. Mais c'est une autoresse issue de la communauté coréenne américaine.
Benajnun Sriduagkaew est une autoresse Thaïlandaise qui écrit des nouvelles de SF old school. Mais d'une part elle n'a jamais caché ses idées proches de l'extrême gauche, d'autres part elle met souvent en scène des héroïnes lesbiennes.
Chris Willrich écrit de la sword and sorcery ou de la science fantasy où il met en scène le relativisme culturelle et c'est totalement pulp.
Sean T.M Stiennon est un auteur extrêmement pulp. Mais il met en scène des héros non humains comme l'extraterrestre félin Flinteye, ou l'homme crabe Shabak.
John M Whalen écrit réellement une SF pulp à l'ancienne mais il fait évoluer son héros Jack Brand sur une planète ravagée par le l'ultra-libéralisme. Il n'hésite pas aussi à s'inspirer des séries TV ou des comics pour élargir ses sources d'inspiration.
Zachary Jernigan ne fait pas mystère de ses opinions progressistes mais ça l'empêche pas d'écrire "un maîtres de l'univers pour adulte" dans sa duologie de Jeroun.

Donc il existe des auteurs pulp ou old school progressistes et ce ne sont là que quelques exemples. Il y en a beaucoup d'autres ( notamment chez les auteurs de sword and sorcery de la nouvelle génération) et je parle même pas du mouvement new pulp ou des auto-édités.

D'un autre coté les supporters des Puppies se rendent compte qu'ils ont été trompé par leurs maîtres à penser et créent de nouveaux supports pour publier de la SF et de la fantasy pulp. Et ils publient curieusement des auteurs de toutes opinions et non seulement de la leur (mais vu leur anciennes allégeances aux Puppies, ils s'en prennent plein la gueule).