dimanche 23 juin 2013

Retours à la case pulp

Je l'ai dit souvent - et cela fait grincer des temps à beaucoup - la SF s'est tiré une balle dans le pied à coup de Hard SF, de transhumanisme, de singularité, de post modernisme, d'expérimentation, mais aussi de militarisation de la SF populaire malheureusement. La SF doit se régénérer. Et que remarque t-on quand un genre se régénère ? Quand le thriller se régénère il utilise les motifs du pulp. Quand la fantasy se régénère, c'est la sword and sorcery qui revient sur le devant de la scène ( avec entre autre la fantasy à capuche). La SF doit revenir à la case pulp si elle veut rajeunir son public ou reconquérir un public populaire. J'entend les cris d'orfraie de certains d'ici. Quoi la SF c'est la littérature d'idée, on ne peut pas prostituer cette littérature noble en la donnant à lire à un public plus large. La SF est certes un littérature de concept mais aussi une littérature d'univers et une littérature d'images, donc ce n'est pas incompatible avec le rêve. On peut être populaire et faire réfléchir même en étant hyper pulp. Certes ce n'est pas donné à tout le monde, mais c'est possible.

samedi 1 juin 2013

Dieu est mort

Jack Vance prodigieux auteur de SF nous a quitté à l'âge de 96 ans. Un bel âge. Et une vie bien remplie au service de l'écriture, de la SF, de la fantasy. Dieu est mort. Le plus grand créateur d'univers, certes pas le premier, mais celui qui parmi les premiers a poussé la création de monde relativement loin. Jack Vance a ouvert la voix à des tas d'autres grands conteurs ( Ursula Le Guin, Philip Jose Farmer, Roger Zelazny et surtout Gene Wolfe et GRR Martin). La SF ne serait sans doute pas la même sans lui. Il a donné ses lettres de noblesse au space opera et au planet opera en les inscrivant dans une échelle plus humaine. Comme je l'ai dis précédemment il a contribué à créer de véritables terroirs cosmiques. Terroir   cosmique où il place dans des territoires définis et limités des intrigues qui dépassent leurs protagonistes.    C'était aussi un auteur qui invitait ses lecteurs au voyage, les dépaysait réellement en poussant les descriptions des paysages et des coutumes, les données anthropologiques, la faune et la flore dans ses derniers retranchements. Créer une véritable illusion de réalisme était son principal souci.
Dieu est mort. Pour les rôlistes Jack Vance était devenu un véritable auteur tutélaire, tant ses idées ont été réutilisées par les créateurs de jeu. Tant aussi le worldbuilding s'est trouvé au coeur de la création rolistique. C'était sans aucun doute l'auteur le plus respecté et le plus admiré par le milieu.
Dieu est mort et rien ne sera plus comme avant. Reste à espérer que les disciples fassent fructifier l'héritage littéraire du maître et que tout ce qu'il a apporté, ses thèmes, ses idées, son ton particulier séduisent une nouvelle génération d'auteurs, et leur donne envie d'écrire, d'écrire et encore d'écrire.

dimanche 26 mai 2013

La laïcité dans la SF et la fantasy

En ces temps de reprise en main religieuse il serait temps de s'intéresser au thème de la laïcité dans l'imaginaire français. On remarque que cette thématique est traitée en creux. La critique des institutions religieuses, souvent virulente, est la manière de s'approprier le thème qu'ont choisi les auteurs français. C'est le thème central de l'oeuvre de Pierre Bordage mais on trouve aussi cet angle d'approche dans certains romans de Laurent Genefort ( Les croisés du vide) et curieusement on le retrouve relayé dans certains romans de fantasy ( les Royaumes Crépusculaires de Mathieu Gaborit).
Curieusement la dénonciation du fanatisme est plutôt relayé par la fantasy chez les anglosaxons : chez Paul Kearney ou R.Scott Bakker. Mais le fanatisme est opposé à un certaine ouverture d'esprit et tolérance. Ainsi dans les Monarchies Divines de Paul Kearney on nous montre deux religions qui s'opposent et qui pourtant ont été fondée par le même prophète. A un moment vient la tolérance et le conciliation. Vision plus positive que ce que propose les français.
Mais dans tout cela il n'y a absolument aucune réflexion sur ce que pourrait être l'avenir de la laïcité au sens français. Rien non plus sur la tolérance religieuse, la pratique modérée de la foi, la nécessaire séparation des mondes religieux et politiques. Aucune vision neutre ou positive de la religion. La religion mène forcément à l'obscurantisme et au fanatisme chez les auteurs français. Rien sur l'oecuménisme ou les évolutions synchrétiques. Rien sur comment évolue les religions dans une société laïque et comment elle peuvent trouver leur place, ni comment elles peuvent être au plus près de la société en renonçant aux interprétations littérales et en acceptant de s'adapter aux réalités multiculturelles. Pourtant toutes réflexion sur l'avenir des religions et comment elles peuvent s'adapter aux société moderne et leur manière de se fondre dans le sécularisme sans renoncer à leurs idéaux, ce qui passent par l'acceptation de la modernité et l'inscription durable dans un monde laïque devrait parler aux auteurs français. Il est regrettable qu'il n'en soit rien.

samedi 6 avril 2013

Du coté d'internet

Il y a d'intéressantes publications en ligne. Je vais donc vous parler de deux d'entre elles lues récemment :

Le grand plongeon de Julien Morgan :
Roman feuilleton, 4 épisodes parus sur huit.
Un space opera qui nous entraîne dans les coulisses pas vraiment jolies d'une émission de téléréalité spectaculaire,Le Grand Plongeon du titre, dont les participants sont des enfants. Tout part de la sélection d'un candidat qui porte le nom d'une religion mal aimée. Et les conséquences de cette sélection vont amener des complications assez énormes. Nous n'avons pas ici de personnages sympathiques, finalement le personnage le plus présentable est un dealer et un tueur à gage. On est assez proche des univers de Peter F Hamilton mais la violence de l'univers fait beaucoup penser à Joel Houssin.

La geste Klarg le Troll de Nicolas B Wulf :
On a coutume de dire un peu de poésie dans un monde brute. Pour Nicolas B Wulf c'est plutôt un peu de brute dans un monde de poésie. Ce long poème épique met en scène, en effet, un jeune Troll. Mais celui ci est à la fois peureux et non violent, donc pas nécessairement conforme aux canons de son peuple. Mais contre toute attente ( et aussi contre lui même) il deviendra un héros. C'est drôle, c'est spirituel. A lire si vous aimez la poésie épique.

jeudi 14 mars 2013

Je suis old school et je ne me soigne pas.

C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleurs soupes. Et parce que je pense que la SF d'avant était meilleure que celle d'aujourd'hui, cela fait de moi un ringard. Mais bon ce qui me rassure c'est que je ne suis pas tout seul. Et même chez les anglophones l'exaspération gronde contre le post modernisme ( vous savez cette attitude qui consiste à rompre avec ce qui précède). Même des gens respectables s'y mettent. Je lisais récemment un article ou Mike Brotherton ( auteur de SF mais aussi astrophysicien) s'emporte contre la singularité qui est pour lui plus un dogme quasi religieux que de la vraie science. Sur son blog Athena Andreatis critique de manière très violente l'idéologie transhumaniste et défend une SF plus soft. Elle va même jusqu'à dire la SF soft est parfois plus rigoureuse sur le plan scientifique que la hard SF ( une opinion que je partage assez, d'ailleurs). Elle est aussi à l'origine de Other half of the sky, une anthologie de space opera féministe brillamment fundraisé fin 2012.
Il faut voir que des projets plus old school finissent par sortir du bois. Et l'homme qui symbolise cette reconquête old school se nomme Brian Thomas Schmidt. Il a publié deux romans de space opera chez une small press et a fundraisé deux projets d'anthologies de space opera qui ont tous les deux été financés.
Le old school revient aussi en force en fantasy. Après la vague du grimm and gritty, on en vient à des valeurs plus traditionnelles. Notamment la sword and sorcery qui fait son retours grâce aux plumes de James Enge, Saladin Ahmed ou John R Fultz. Et on voit arriver une fantasy plus "free style" grâce à Bradley Beaulieu ou aux derniers romans de Martha Wells, retours d'une époque où les auteurs osaient explorer n'importe quelle direction même les plus improbables. Et surtout on s'éloigne du canon à la Tolkien qui étaient l'arbre qui cachait la forêt et même l'empêchait d'évoluer.
Je suis old school, mais comme le old school revient, je ne pas seul. Je me sens beaucoup moins dans la peau d'un ringard. Ca fait plaisir quand les nains s'assoient sur les épaules des géants plutôt que de les ignorer. Les choses vont enfin pouvoir évoluer car en littérature comme ailleurs il n'y a pas de futur sans passé.

dimanche 17 février 2013

De l'existence de la fantasy urbaine

La fantasy urbaine est sans doute beaucoup plus diversifiée chez les anglosaxons que chez nous. En France la majorité de ce qui paraît est en fait de la bit lit, une étiquette qui n'en est pas une. Pour donner quelques exemples de ce que l'on ne nous traduit pas chez nous : la série des Shadow ops de Myke Cole, une série mêlant opérations militaires, lutte antiterroriste, magie, univers parallèle et créature fantastique. Autre série intéressante, Incryptid de Seanan McGuire met en scène des cryptozoologistes.
Mais aujourd'hui, il est clair que l'éditeur qui a le plus fait pour la fantasy urbaine, à savoir Bragelonne, ne nous les traduira pas. Sur leur forum, plusieurs membres du staff disent que la fantasy urbaine n'existe pas, c'est en fait du fantastique. Sauf que la fantastique au sens que lui donne Todorov c'est la confrontation du réel avec un éléments surnaturels qui sort les protagonistes de leur zone de confort. Alors que la fantasy urbaine en multipliant les éléments surnaturels qui en viennent à former un véritable continuum, a pour but provoquer un réenchantement du monde. Ce n'est pas la même chose. Mais Bragelonne a créé le terme bit lit pour rassembler sous une même bannière la fantasy urbaine et la paranormale romance quand celles mettent en vedette un protagoniste féminin. Les dossiers Dresden de Jim Butcher sont parus dans la collection fantastique. Si cette série cartonne un peu partout, en France les  ventes n'ont pas été à la hauteur et la série s'est arrêtée. Pourquoi ? Tout simplement parce que le classement en fantastique n'était pas pertinent. Si Bragelonne avait utilisé l'appellation fantasy urbaine, la série se serait mieux vendue car elle aurait trouvé son public. Car le public du fantastique traditionnelle ne cherche pas à lire de la fantasy urbaine. Mais s'il l'avait fait il aurait été obligé de reconnaître de Patricia Briggs ou Kelley Armstrong c'est aussi de la fantasy urbaine et l'on aurait pas créé cette fausse catégorie qu'est la Bit Lit. Et Milady n'aurait jamais percé dans les supermarchés. Bragelonne et Milady auraient sans doute publié moins de titres et sans doute ils auraient privilégié la qualité. Et ce ne serait pas un mal.

samedi 16 février 2013

Des nouvelles des espoirs

Si vous lisez régulièrement ce blog vous avez sans doute lu la série d'interviews sur les espoirs de l'imaginaire. Il se trouve qu'en ce début 2013 trois d'entre eux ont une actualité.
- Aurélie Wellenstein a eu la joie de voir sortir son roman "le Cheval d'ombre" dans la collection jeunesse des éditions Sortilèges.
- Blanche Saint Roch a fait paraître son roman Animae ( sous le pseudonyme de Roxane Dambre) chez un petit éditeur dont le nom m'échappe.
- Quant à Philippe Goaz le premier tome des aventures de Zordar va paraître incessamment sous peu chez L'ivre Books.

Rester connecté; d'autres espoirs vont avoir une actualité dans les prochains mois ( Anthony Boulanger et Julien Heylbroeck entre autre).