samedi 16 août 2014

Parcours de lecteurs, parcours de héros

Je me suis fais une réflexion.
Dans la plupart des librairies les littératures de genre dont les littératures de l'imaginaire sont situées au fond du magasin. Leur lecteur sont obligés de traverser l'espace destinée à la littérature blanche, de dépasser le couloir ou l'escalier menant aux livres pratiques, de traverser également l'espace consacré au régionalisme. Tout est fait pour détourner le lecteur de genre de ses genres favoris justement. C'est un peu comme si le libraire avait honte des littératures de genre (mais aussi de la BD ou de la littérature jeunesse).

Par contre imaginons que ces mêmes littératures de genre soient situées à l'entrée du magasin. Dans ce cas on pourrait imaginer un autre parcourt menant des littératures populaires aux littératures ambitieuses. Certains lecteurs de littératures ambitieuse pourraient se procurer des ouvrages populaires en vertus de l'adage qui veut que qui peut le plus puisse aussi le moins. Cette disposition finalement fait penser au parcourt du héros. Le héros en avançant dans son voyage est confronté à des épreuves de plus en plus complexes. Et ici il s'agit d'aller des littératures populaires vers de littératures plus complexes. Mais en même temps on constitue des tentations pour des lecteurs moins acquis à leur cause qui peuvent s'y mettre parce qu'ils vont les trouver sur leur chemins.

mercredi 30 juillet 2014

Le old school revient

C'est la constatation que l'on peut faire si l'on se penche sur ce que va produire le cinéma de SF dans les mois qui viennent. La franchise Star Wars est relancée et un nouveau Mad Max va sortir au cinéma dans les mois qui viennent. Le old school n'épargne pas le milieu des jeux vidéo puisqu'une franchise légendaire des années 80, Elite voit la sortie d'un nouvel opus alors que rien n'était sorti depuis bien longtemps. Sans oublier Metal Hurlant qui se paye une adaptation à la télé.
Ce goût pour le old school est bien connu du milieu des rôlistes qui semblent avoir une fascination pour le pulp et la SF populaire des années 70 / 80. Dans la blogosphère anglophone on ne compte plus les MJ qui parlent des campagnes sword and sorcery ou de science fantasy à l'ancienne. Est ce un régression ? Peut être pas. Après le développement du grim and gritty des années 2000, une partie du public cherche une ambiance plus légère et des auteurs plus décomplexés qui développent un imaginaire à la fois personnel et ultra-populaire. Des auteurs qui ne limitent pas leur imaginaire. Qui se foutent d'écrire de la vraie SF ou de la science fantasy pour peu que ce soit fun. Un imaginaire sans doute plus rock'n roll que celui nous avons aujourd'hui.
Bref ils ont trouvé dans les vieux textes, ce qu'ils ne trouvent plus dans l'imaginaire d'aujourd'hui. Ils appellent de leurs voeux une synthèse entre le coté décomplexé de la SF et la fantasy de la fin des 70 et du début des 80 et la manière d'écrire et les thématiques d'aujourd'hui. Je pense que le mélange est possible et peut prendre.

mardi 29 juillet 2014

Choc esthétique

La SF a subi au cours de son histoire plusieurs chocs esthétiques. Les univers d'hier ne sont plus ceux d'aujourd'hui. Par exemple les années 70 ont amené l'esthétique du rock'n roll dans la littérature de SF.  Et aujourd'hui je crains que la SF n'ai en partie oublié l'importance de cette dimension esthétique.  La SF c'est un peu comme les ordinateurs. Pendant longtemps on ne s'est pas préoccupé du design et Apple est arrivé dans les années 90 et l'on s'est rendu compte que le design était important dans la vente d'un ordinateur.
Il existe donc une dimension esthétique, un véritable design littéraire : l'univers, son ambiance ainsi que les images fortes que l'auteur va installer dans son récit. Les vers des sables de Dune sont inoubliables et totalement indissociables du roman, c'est un élément fort qui appartient au design littéraire de l'oeuvre. Ce qui est rassurant c'est que l'on assiste à un retour de ces éléments chez les jeunes nouvellistes anglo-saxons. Des auteurs comme Yoon Ha Lee, Aliette de Bodard ou Cat Rambo soignent ainsi énormément leur worldbuilding. D'ailleurs cette notion de worldbuilding a resurgi il y a quelques années, disons à la fin des 2000, alors qu'auparavant on en parlait très peu. Le jeune génération est très intéressée par ces processus de création d'univers. Je ne sais pas ce que cela va donner dans l'avenir mais ça laisse présager de bonnes choses, notamment quand certains de ces auteurs passeront au roman (puisqu'ils en ont en chantier).
Certains nouvellistes francophones semblent avoir les même préoccupations : je pense notamment à Sébastien Ruche, Philippe Deniel ou Aurélie Wellenstein mais il y en d'autres également.
Cette dimension esthétique pousse les auteurs à explorer plus avant leur espace mental et à livrer des univers plus personnels. Certes ils ne travaillent pas à partir de rien et puisent largement au pot commun. Mais la manière dont ils agencent les jouets et même les jouets qu'ils sélectionnent font de leur oeuvres quelques choses de personnel, loin des univers interchangeables. En fantasy le processus est largement avancé. Nul doute qu'en science fiction il suivra largement.

dimanche 8 juin 2014

Ils n'étaient pas là

Quand à la fin des années 60 et début des années 70, les bien pensants se sont acharnés sur  les comics américains et sur les pauvres éditions Lug, le fandom SF ne les a pas soutenu. Il ne se sentait pas concerné.
Quand dans les années 80 les mêmes bien pensant se sont acharnés sur les dessins animés japonais de SF, le fandom n'était pas là.
Quand dans les années 90 le jeu de rôles a été attaqué par les mêmes, encore une fois le fandom n'était pas là.
Quand un peu plus tard dans cette décennie les jeux vidéos ont été attaqué le fandom n'était pas là.

L'ironie du sort c'est que sans les comics, les dessins animés japonais et le jdr, la littérature de SF et de fantasy n'aurait pas été découverte par de nombreux jeunes de la génération X. Si aujourd'hui la SF existe encore c'est parce qu'il y a eu d'autres média qui ont servi de point d'entrée. Le fandom ne les a pas soutenu et aujourd'hui ceux qui viennent de ces média là se méfient du fandom et se situent bien souvent dans un fandom parallèle.
Si aujourd'hui les littératures de l'imaginaire arrive à des chiffres de vente qui se rapprochent de ceux de la poésie c'est parce que le fandom n'a pas su ferrer une partie de ces jeunes amateurs d'imaginaire, n'a pas su créer des concepts éditoriaux qui lui convenait, n'a pas su faire les ponts avec d'autres média. Pire ce sont des gens venus du jdr qui ont créé Mnémos, Nestiveqnen ou Bragelonne parce que le fandom SF n'avait pas compris les besoins de cette nouvelle génération. Aujourd'hui je ne pense pas que le fandom ai compris les désirs de la génération X en matière de littérature de l'imaginaire. Curieusement ceux qui l'ont compris sont de petites small press avec peu de moyens ( Rivière Blanche, Voy'el) et qui n'arrivent pas à transformer l'essai faute de moyens financiers. Bref les éditeurs qui ont pignon sur rue ont décidé que les jeunes geeks et que public qui connaît la SF par les autres média ne sont pas la cible privilégiée. Dommage. On passe à coté quelque chose.
D'autant plus que ces points d'entrée se font moins nombreux pour les ados d'aujourd'hui qui ont des centres d'intérêts loin de l'imaginaire. Et que pour développer le genre et augmenter les ventes de manière intéressante, bref pour survivre il faut que le fandom travaille, il ne peut plus se contenter de moissonner les germes plantés par les autres média parce qu'il n'a pas su dialoguer avec eux par le passé.

vendredi 6 juin 2014

Culture commune

Je me souviens de la fin des années 70 et du début des années 80. La cour de récréation. On y échange sur les dessins animés japonais (Goldorak, Albator, et autres Capitaine Flamm), les comics Marvel, Star Wars mais aussi Rahan et Tarzan. Un vrai culture qui réunit dans une même conversation le premier de la classe et le cancre.
Le problème c'est qu'il y avait peu de choses en littérature jeunesse pour permettre à des jeunes qui se passionnaient pour cette culture de s'y mettre vraiment. Oui le préadolescents qui voulait des histoires pleine de dinosaures, de vaisseaux spatiaux, de robots, d'extraterrestre, de surhommes n'avaient que les romans de Philippe Ebly et Bob Morane pour les plus grands à se mettre sous la dents. Il manquait un chaînon entre cette culture médiatique de l'enfance et la collection Anticipation du Fleuve Noir. On est peut être en train de le payer en ce moment. Certains qui s'y serait mis si ces collections transitions avaient existées ne s'y sont pas mis. Et finalement les choses se sont faîtes plus tard avec les rôlistes.

mercredi 21 mai 2014

Lettre ouverte à Serge Brussolo

Monsieur Brussolo,

Nous ne nous connaissons pas. Mais j'ai appris votre décision de vous autoéditer. Bien sûr je la comprends. Certains auteurs américains comme Kristine Katherine Rush, Judith Tarr ou même Tobias Buckell ont pris la décision d'autopublier certaines de leurs oeuvres. Ils sont confrontés au diktat du marché américain, celui des Big Five, inféodés à la loi du supermarché et de la ménagère de moins de cinquante ans. Mais en France les éditeurs de l'imaginaire sont majoritairement des indépendants. Certes  l'imaginaire se vend mal par rapport aux autres pays occidentaux. La France qui ne jure que par la littérature dite blanche ( la littérature psychologique et dramatique) déclinaison littéraire de la financial culture, ne favorise pas la diversité culturelle notamment au ministère de la culture. Les chaînes et les supermarchés règnent en maître et contribuent à fragiliser les libraires indépendants. Mais il est vrai que certains indépendants ne font guère d'effort pour soutenir nos littératures.
Mais votre réaction me conforte dans certaines de mes réflexions. Aujourd'hui certaines niches éditoriales sont absentes des librairies. Et celles où vous sévissez, une science fiction très influencée par le cinéma bis, pourrait être rattachée à la grande famille des littératures pulps. Ces littératures populaires diffusées jusqu'au milieu des années 90 dans les maisons de la presse. Mais les maisons de la presse ont bien changé et ne propose plus guère que des best sellers et de la littérature régionale. Aujourd'hui il faut dépasser le circuit des librairies traditionnelles pour vendre de la littérature populaire et créer à coté du circuit classique de la librairie, des circuits de distribution alternative pour vendre cette littérature populaire : bars et boutiques geek, magasin de jeux de société et de jeux vidéos,  bars branchés, bureaux de tabac, vente en réunion dans des bars associatifs. Les pistes existent. Diversifier la distribution permettrait de diversifier l'offre. Et dans ce schéma différent vous auriez toute votre place et ne seriez pas obligé de choisir entre l'autopublication et la conformation au modèle hollywoodien dominant du thriller.

lundi 5 mai 2014

La mort du béhémoth

Ainsi l'univers étendu Star Wars a été rebooté. Je comprends le désarroi des fans de la franchise. Même si l'UE post Retours du Jedi était condamné à disparaître, on pouvait conserver les oeuvres liées aux préquels. L'univers étendu est victime de sa mauvaise gestion et surtout de sa trop grande prolixité. Et les critiques de SF ont un nom pour cette franchise : le béhémoth.
Désormais le béhémoth va - t - être remis à zéro, ou tout du moins d'ici quelques mois, le temps de publier les oeuvres de l'ancien UE, rebaptisé Légend. Un UE moins prolixe si j'ai bien compris ce qui était souhaité. Et c'est une bonne chose quand on sait comment cette franchise avait fini par devenir extrêmement envahissante.
Qu'on ne se trompe pas sur mes intentions : j'adore Star Wars et je ne suis pas de ceux qui pensent que Star WArs a tué la SF. On a même assisté à un effet Star Wars entre 1999 et 2005 voir un peu plus, où les éditeurs publiaient pas mal de space opera et depuis la fin de l'exploitation des films il y en a beaucoup moins. Bref si Star Wars l'oeuvre cinématographique a un impact positif sur la SF, il n'en va pas de même de Star Wars la licence. Lors du rachat de celle ci par Del Rey, l'éditeur américain s'est débarrassé de son label discovery, dans lequel il lançait de jeunes auteurs prometteurs. Bon nombre d'entre eux (la plupart n'avaient pas d'agents) n'ont pas retrouvés de nouveaux éditeurs. De même Star Wars a fini par représenter l'essentiel de la production romanesque de space opera de science fantasy. Pourtant quand on s'intéresse à ce qui se passe dans les formes courtes que celles ci soient exigeantes ou populaire, on se rend compte que des auteurs en écrivent. Donc l'omniprésence de cette saga ne vient pas de l'insuffisance de l'offre mais bien de la frilosité des éditeurs. La peur que ces auteurs originaux n'arrivent pas à avoir des ventes suffisantes par rapport au béhémoth.
Le dégonflage du béhémoth est une bonne chose. Reste à savoir si les éditeurs qui ont fini par prendre de mauvaises habitudes vont publier de la science fantasy spatiale. En tout cas cet affaiblissement du béhémoth est l'occasion rêvée de le faire.