dimanche 19 juin 2016

Imaginaire français

Les Américains n'hésitent pas à plonger le western, leur genre emblématique par excellence dans le fantastique pour donner le weird weestern. Curieusement le genre emblématique français, le cape et épée, n'a pas subit cette reconstruction fantasmatique. Un seul auteur s'est essayé avec succès au cape et épée fantastique, Pierre Pevel avec Wieldstadt et les Lames du Cardinal. Il n'a malheureusement ouvert la voie à aucun courant.

Dans un ordre d'idée je me demande toujours pourquoi nous n'avons pas un steampunk napoléonien. La période se prête bien à une reconstruction fantasmatique entre délires d'ingénieurs, sociétés secrètes, obsession pour l'Egypte.... Bref ça pourrait donner quelque chose de vraiment excellent.

Nous ne sommes plus capables de nous réapproprier notre littérature ou notre histoire à travers la littérature. Peut être que les litteratis ont fait plus de mal que de bien à notre culture en imposant leur choix de haute culture au dépend de la littérature populaire. 

lundi 23 mai 2016

Les espoirs de l'imaginaire : Elie Darco

1 Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Élie Darco. Née en 1980. Vis à Marseille. Grosse lectrice de littératures imaginaire et policière. Aime peindre presque autant qu’écrire.



2 Comment es-tu arrivée à l’écriture ?

Au risque de répondre quelque chose de très banal… je pourrais dire que j’ai commencé toute petite, à ne pas savoir me contenter d’une seule page pour mes rédactions ; que j’ai tâtonné entre prose et poésie aux alentours de l’adolescence, oui, je donne encore dans le cliché ; ou dire simplement que mon cheminement est celui d’une accro de la lecture, qui n’a pas toujours eu le budget qu’il fallait pour acquérir sa dose d’imaginaire et qui recourt depuis à ce palliatif : écrire ses propres histoires.



3 Ton compagnon Cyril Carau est aussi auteur. Est-ce qu’écrire un récit en collaboration avec lui est quelque chose que tu prévois dans un avenir proche ?

Le « quatre mains », c’est un jeu qu’on connaît, avec Cyril, on l’a pratiqué pour Masques de Femmes, un recueil de nouvelles fantastiques (éditions Le Calepin Jaune, puis Sombres Rets). Lorsqu’il s’agissait d’écrire une nouvelle « collégiale », une partie sous sa plume, une partie sous la mienne, la synergie était intéressante au niveau des idées, mais dans l’organisation du travail, c’était plus difficile à vivre, car on a des méthodes d’écriture différentes. Alors, quand tu me parles de récit en collaboration, je pense à un roman et je me dis que ce serait un sacré défi, que je ne me sens pas encore assez mûre pour ça. Il faudrait aussi que j’ajoute que j’aime bien être le seul démiurge de mon univers, alors je ferais du protectionnisme avec mes personnages, mes décors, jalouse de mes apports… Pour le moment, la question ne se pose pas trop, car on a, tous les deux, une liste de récits personnels en cours d’écriture assez importante…



4 Peux-tu nous parler d’Æsir ton projet de roman de dark fantasy ?

C’est mon premier récit d’importance achevé. Il compte beaucoup pour moi. Et si je l’ai mené jusqu’au point final, on peut effectivement parler de « projet » parce qu’il est toujours à la recherche d’un éditeur. (On m’a chuchoté que la fantasy c’est à la « mode », mais la dark moins…) De quoi ça parle ? De vengeance, de nécromancie, de manipulation, de trahison. C’est un récit d’aventures guerrières, bien sûr, mais aussi un huis-clos psychologique. Cela se déroule dans le même univers que la nouvelle Magie de Cœur, à paraître dans l’anthologie Sword and Sorcery que tu diriges pour les Éditions de l’Instant. Le même univers, mais pas dans la même contrée et à la même époque. Et parce que, comme dit plus haut, je suis une lectrice passionnée, je dois évoquer les grands auteurs qui m’ont influencée pour écrire cette histoire : Howard, Merritt, Moorcock, Martin, mais surtout Clark Ashton Smith.



5 Quels sont tes autres projets littéraires ?

Actuellement, je travaille sur l’Errant, un recueil de grosses nouvelles qui se répondent dans un univers mêlant space opera, aventure et un soupçon de romance. Les récits s’articulent autour d’un personnage récurrent qui parcourt les mondes de l’Union Humanoïde Interplanétaire pour recruter les compagnons nécessaires à sa quête secrète… Il a des références à la geste arthurienne dedans. L’arénaire du Deucalion, nouvelle parue dans l’anthologie La Cour des miracles (Prix mille saisons des éditions Le Grimoire), est une version courte de l’un des épisodes de l’Errant.

Et à plus long terme, et davantage orienté « illustration », j’ai le projet d’un abécédaire de mes petites chimères à l’aquarelle (visibles sur mon profil facebook).



jeudi 5 mai 2016

Nouvelles de fantasy

Je dirige en ce moment une anthologie de sword and sorcery pour les éditions de l'instant. Je viens de terminer de sélectionner les textes il y a quelques jours. Et je dois dire que cette sélection n'a pas été facile tant le niveau littéraire moyen de l'appel était bon. sur Dimension Ecologies Etrangères je n'avais pas eu autant de difficulté tant les bons textes surnageaient au milieu de la masse.
Et c'est là que l'on se rend compte que l'arrêt de Faéries en 2007 puis d'Asphodales un peu après, ont totalement déséquilibré le marché de la nouvelle de Fantasy. Là ou en SF, Galaxies, Bifrost et même Géante Rouge sont des revues régulières qui assurent l'existence d'une production régulière, la fantasy doit se contenter uniquement des anthologies. Résultat, l'anthologiste reçoit énormément de textes  dont beaucoup de bons.
La fantasy a besoin d'une revue régulière. Le lectorat de la fantasy est bien supérieur à celui de la SF. Et si une revue de SF comme Galaxies arrive à se maintenir, il n'y a aucun problème pour qu'une revue de fantasy ne puisse pas le faire. Bragelonne ne tient pas à se lancer dans l'aventure ( bon, ils sont également frileux pour les anthologies, la nouvelle ne se vend pas, paraît il. Il faudrait peut être la mettre en avant pour que les lecteurs se l'approprient). Mais il faut à tout prix qu'un éditeur relève le challenge. Il y a des perles qui perdent et des auteurs qui n'ont pas droit au coup de pouce qu'ils méritent.

mercredi 20 avril 2016

Interview d'Aramis Mousquetayre de Nouveau Monde

Je vous ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de ce webzine. Il est temps de faire plus ample connaissance avec son rédacteur en chef, qui se cache sous le pseudonyme d'Aramis Mousquetayre.  Il a accepté de répondre à mes questions.


1. Comment t’est venue l’idée de créer Nouveau Monde ?
J’avais déjà fondé le webzine YmaginèreS en 2011, dédié aux différentes cultures de l’imaginaire dont la littérature SFFFH. Mais un an plus tard, la tentation de parcourir un peu plus les terres sauvages de cette dernière se fit plus grande. J’ai alors pris la décision de lancer la revue Nouveau Monde, consacrée à la publication d’auteurs talentueux mais malheureusement peu connus. Découvrir des auteurs fabuleux est jouissif et leur donner un petit coup de pouce, dans la mesure de mes maigres moyens, est bien le moins que je puisse faire. Le métier d’éditeur m’aurait bien plu, en fait ^^.

2. Le webzine a une ligne littéraire très pulp. Je le trouve finalement très proche de ce qui faisait le charme de Fleuve Noir Anticipation. Est-ce que cette collection mythique est une influence ?
Entre autres. C’est un mélange de souvenirs de lectures, de parties de jeux de rôle et de films d’aventure qui a façonné la revue telle qu’elle est aujourd’hui. Et aussi, évidemment, ses maquettistes, Sedenta Kernan, Vianney Carvalho et, surtout, Laurent Royer !

3. Quelles sont les prochaines évolutions de
Nouveau Monde ?
La périodicité de la revue va changer. On va passer de 3 ou 4 numéros par an à 1 ou 2. Pourquoi ? Parce que les projets se font trop nombreux et continuer comme auparavant ne sera bientôt plus possible sans perdre de la qualité et un peu de notre âme. Alors, nous allons lever le pied et prendre notre temps pour livrer aux lecteurs ce qu’ils attendent, un magazine ciselé et conçu pour eux par des passionnés désireux d’ouvrir au plus grand nombre les portes de leur univers.

4.
Outremonde a donné naissance aux éditions Sombres Rets, Mots et Légendes se transforme en éditeur numérique. Est-ce que la création d’une maison d’édition est un de tes prochains objectifs ?
Oh oui !!! Mais comme toujours, les problèmes se dressent contre nos rêves… Ce ne sera pas simple, pour un tas de raisons, l’une d’entre elles, la principale, étant une incompatibilité entre mon travail (alimentaire) et la revue. Il faudrait changer de législation ou alors quitter mon poste afin de pouvoir monter ma propre maison d’édition. Je réfléchis à une solution mais j’enrage, les règles dans ce pays vont vraiment parfois au-delà de la bouffonnerie…

5. Est ce que tu penses que le pulp est une niche insuffisamment développée dans l’édition professionnelle de l’imaginaire ?
Oui, assurément. D’ailleurs, des magazines tels que Weird Tales ou Amazing Stories manquent cruellement en France. C’est une grosse erreur de la part des éditeurs, ils oublient un créneau d’où sont issus quelques-uns des plus grands écrivains de SFFFH anglo-saxons…

6. Est ce que tu lis d’autres zines (papier ou numériques) ? Quels sont ceux que tu apprécies ?
Je lis Mots et Légendes, visuellement très attirant, Absinthe, Etherval., Bifrost, pour sa qualité et son ton décalé, et Présences d’esprits également.



7. En 2014 Solenne Pourbaix publiait un roman chez Rivière Blanche. Est-ce que d’autres auteurs habitués du zine vont passer au roman chez des éditeurs professionnels dans les mois qui viennent ? Tu as des scoops ? (:-)
Je suis surtout entouré de nouvellistes et Solenne n’est pas la moins talentueuse d’entre eux. Beaucoup ont publié des recueils de nouvelles ou des textes dans des anthologies. Côté romans, Frédéric Livyns a fait paraître chez le jeune éditeur Séma le premier tome des « Grisommes » à la fin de l’année dernière. Anthony Boulanger, en 2015 aussi, a publié le tome 1 de « La guerre des Arpenteurs » aux Editions Voy'el.


8. Après les romans à mille mains, as-tu d’autres projets pour continuer à développer ton travail de promotion de l’imaginaire sur internet ?
Des tas, trop certainement, soyons réalistes… Une maison d’édition et l’académie d’écriture sont mes principaux projets avec les romans à mille mains. Publier un artbook me tient à cœur également, l’univers de l’illustration SFFF est grandiose et fascinant !

Pour conclure, étant révolutionnaire dans l’âme, l’envie de bouleverser le monde de l’édition gronde en moi comme un volcan qui s’éveille. Il se pourrait que j’aie dans mon chapeau quelques cartes que personne n’a jamais pensé à jouer avant ! Mais ceci est une autre histoire, il faut encore que je l’écrive ! ;-)

dimanche 3 avril 2016

Romans courts

L'auteur américain James Patterson a eu la bonne idée de lancer avec son éditeur une collection de romans courts. Le but est d'essayer de reconquérir le marché des drugstores et autres points de vente alternatif en perte de vitesse depuis quelques années. La réflexion sur le roman court est déjà bien avancée. Les éditeurs new pulps comme Airship 27 ou Pro Se Production s'en sont fait une spécialité. Tor Books a lancé son label Tor.com consacré aux romans courts et longues novellas. Sans oublier qu'Amazon publie dans son principal label éditorial des romans également assez court.
En France on en est malheureusement pas là. En tout cas dans le domaine de l'imaginaire. Le Carnoplaste s'est fait une spécialité des fascicules, format oublié mais pas inintéressant. Ce sont des novellas qui sont publiés dans ce format. Je me demande d'ailleurs si ce type de format ne se vendrait pas bien en maison de la presse. Mais le marché des maisons de la presse est une citadelle imprenable  que seul quelques distributeurs, inféodés généralement aux grands groupes éditoriaux, fréquentent encore. Dommage.
Cette réflexion sur le roman court allié à des réseaux alternatifs de distribution, je la porte depuis quelques années. J'ai d'ailleurs proposé l'idée d'un label new pulp à la française à plusieurs éditeurs qui ont tous décliné l'offre ( et peu m'ont réellement répondu). Je crois à cette alternative. D'autant plus que ça désacralise le livre et permet à des post adolescents d'acheter des livres qui leur ressemble loin des regards bien pensants. Et surtout, on peut se prendre à rêver d'une collection passerelle qui rassemblerait vieux briscard et jeunots, un vrai pont entre les générations.

mercredi 30 mars 2016

Dégénéré et fier de l'être

Selon le Daily Telegraph(1), aucun adulte ayant une bonne estime de lui même ne devrait acheter de comics books ou aimer les films de super héros. La culture populaire ce sont les séries réalistes, le roman noir, bref tout ce qui est censé parler de la société, rien que de la société. La critique sociale est la seule chose qui devrait préoccuper l’adulte moderne. 
Sauf que la critique sociale c’est un peu le Munich de la culture. On fait, ad nauseam, le constat que la société est pourrie, que les violences sociales sont intolérables…. Mais on ne fait qu’un constat, en espérant que ceux à qui on s’adresse prennent la lutte. Mais surtout c’est un aveux de défaite de ceux qui pensent les néo-libéraux ont gagné et qui veulent montrer la société telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être. Et finalement tout ça, ça plait aux bobos. Et curieusement ceux qui veulent changer le monde ce sont les alternatifs et les geeks. Sachant que beaucoup d’alternatifs sont des amateurs d’imaginaire, et sont les premiers à apprécier la culture populaire, et même les super héros, on se dit que la réalité est un peu moins simple que ce que nous dit le Telegraph.
Les bobos oublient un peu facilement d’ailleurs que les violences culturelles alimentent les violences sociales aussi bien que les violences économiques et ils sont les premiers à les soutenir.
Bref, nous autres amateurs d’imaginaire, ou une partie d’entre nous, sommes des geeks. Geek, ce terme américain qui signifie abruti ou même dégénéré. Dégénéré comme dans culture dégénéré, cette fameuse expression dont les nazis abreuvaient les avants gardes. Bref le Telegraph nous considère sans vraiment le dire comme des dégénérés. Mais c’est notre drapeau, nous sommes des geeks, dégénérés pour une culture bourgeoise qui s’est drapée dans l’engagement politique pour se parer de toutes les vertus. 
Bref, « nous nous battons avec nos rêves », comme le disait si bien Michel Jeury. Faire rêver est devenu dans nos société européenne plus subversif que faire réfléchir ( puisque une majorité d’acteurs culturels veulent faire réfléchir). Mais, geek fait peur car comme le disait T.E Lawrence, « les rêveurs diurnes sont des hommes dangereux, car ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts, pour le rendre possible. » 
Aujourd’hui la société considère que celui qui se bats à la poursuite de ses rêves est un adolescent attardé, l’adulte lui s’intéresse à des choses d’adultes, la violence, le sexe, et ramène tout à la politique. Plus le droit de s’émerveiller, de s’extasier, d’imaginer, de créer, de rêver évidemment. Le rêveur fait peur. Mais le rêveur est capable d’imaginer, de changer les choses si on lui en donne les moyens. Plus que le rêve c’est l’imagination qui est attaquée. Or Albert Einstein ne disait - il pas que « l’imagination est plus importante que le savoir » ?
Non, pour mériter l’estime de lui même l’adulte doit se connecter à cette imagination qui certes nous entraîne dans des univers qui n’existent pas, mais sans laquelle la vie de la pensée n’est pas possible, pour paraphraser Carl Sagan. Finalement les super héros, la fantasy, la SF,  nous connectent à un imaginaire qui nous permet de souffler pour avoir le recul nécessaire sur la société, pour nous donner le lâcher prise nécessaire à nos vies. Nous faire rêver pour nous permettre d’être des individus actifs capables d’autres choses que de se lamenter sur leurs malheurs.


(1) http://www.telegraph.co.uk/men/thinking-man/no-self-respecting-adult-should-buy-comics-or-watch-superhero-mo/?sf23243815=1

dimanche 13 mars 2016

L'écrit face à l'écran

Quelqu'un faisait remarquer sur le forum Elbakin que les séries TV aujourd'hui sont de plus en plus, des adaptations, des remake et peu de créations originales. Peut être que les créations originales sont ailleurs et que l'écriture sérielle se décline de manière plus littéraire. C'est ainsi que l'entreprise Serial Box propose des séries littéraires avec des épisodes à acheter sur leur site internet. Ces séries sont gérées comme des séries télé avec l'un des auteurs qui travaillent comme un showruner. Dans un ordre d'idée un peu différent Ed Greenwood a lancé une maison d'édition dédiée à la création d'univers partagés originaux. Et le mouvement new pulp a accouché de plusieurs anthologie consacrée à des héros récurent.
Il faut se souvenir qu'en Allemagne les séries à fascicules existent depuis très longtemps et les plus populaires d'entre elles se maintiennent en vie depuis les années 60.
En France on a vu il y a peu la création de série littéraire chez des éditeurs numériques comme Numérik Livres et surtout Walrus. Bragelonne s'est engouffrée dans la brèche dans sa collection Snark.
Et quand l'écrit et l'image se rejoignent. Il y a longtemps que dans la bande dessinée française ll existe des séries construite à la manière des séries TV. Et l'on ne parlera pas des comics indépendants américains puisqu'ils ont pas mal influencé l'écriture télévisuelle depuis les années 90.

Bref l'écrit est - il en train de triompher de l'image ? Et surtout quand la production télévisuelle voit sa diversité diminuer la créativité s'exprime dans d'autres média.