vendredi 11 mars 2016

Quand le fandom s'en mêle

Il semble qu'il y ait une tendance actuelle outre Atlantique, pour des acteurs du fandom de se lancer dans l'édition professionnelle ou semi professionnelle.
Ainsi le webzine d'information The Book Smuggler a commencé à publier des nouvelles en 2014. Et en 2016 il se lance dans la publication de novella et de roman en format électronique et en POD.
Le podcast Sword and Laser avait lancé en 2014 une campagne de financement participatif pour une anthologie. En 2015 ils se sont lancés dans un partenariat avec la plate forme d'édition Inkshares en vue de la création d'une collection. Trois titres ont été sélectionnés pour la première saison et sont désormais disponibles. La deuxième saison a vu la sélection de trois autres titres dont le premier a été publié.
C'est au tour du site d'information geek The Nerdist de se lancer dans un partenariat avec la plate forme Inkshares. Une collection a été créé. Deux titres ont été sélectionnés pour 2015. Et des appels ont été faits pour 2016. Le premier concerne le space opera.
En France il n'y a guère que Mots et Légendes pour basculer du fandom vers l'édition semi-pro. Ludovic Kaliom a, en effet, annoncé la publication de plusieurs novella en 2016, qui viennent s'ajouter au recueil d'Anthony Boulanger publié en 2015. Un appel à texte a été lancé pour une anthologie également.
On se rend compte qu'avec le numérique il est plus facile de lancer des projets. Et les structures du fandom en profite pour publier ce qu'ils aiment vraiment.

mercredi 9 mars 2016

Culture internationale

La culture de l'imaginaire est une culture internationale. Dans le monde aujourd'hui il y a deux cultures internationales : d'une part celle du développement culturel toxique, à savoir l'art contemporain et de l'autre la culture de l'imaginaire, la culture véhiculaire enrichie au terreau local. Un asiatique n'écrit par de la SF comme un Africain et encore moins comme un occidental. Aujourd'hui aux USA, les auteurs des minorités occupent une place de plus en plus importante, avec une littérature qui fait la part belle au métissage culturel. Internationalisation interne et externe, donc. Le coté international de la culture de l'imaginaire devient un universel véhiculaire avec des imaginaires qui se nourrissent les uns des autres. Nous vivons une époque passionnante.
Culture internationale et saine, l'imaginaire devient un langage, dont les universaux sont modifiés au gré des cultures. Une culture qui permet à des gens très différent de communiquer via des images et des univers qui arrivent à se comprendre. Il est dommage que le ministère de la culture ait choisi de défendre le contemporain toxique plutôt que l'imaginaire.
Même si il existe une résistance dans les milieux conservateurs ( on l'a vu aux USA avec les Puppies),  l'inclusivité et le métissage sont bien acceptés dans le milieu de l'imaginaire.

samedi 5 mars 2016

Imaginaire et minorités

Aujourd'hui aux USA et à une moindre mesure en Grande Bretagne, les minorités sont de plus en plus présentes dans les littératures de l'imaginaire. Cela a permis d'accroitre l'audience de ces littératures à un public qui ne s'y intéressait pas. Et en même temps les auteurs issus des minorités ont acquis une large audience et ont été plébiscité pour la qualité de leurs œuvres.
Qu'en est il en France ? Et bien on ne peut pas dire que la situation soit la même. Nous avons des auteurs comme Karim Beroukka, Corinne Guiteau ou encore Nabil Ouali. Mais on ne peut pas s'empêcher de penser qu'ils représentent une partie émergée d'un iceberg. Par exemple j'ai découvert il y a un peu plus d'un an Kwame Maherpa, un auteur français d'origine africaine qui écrit une excellente sword and sorcery influencée par les légendes d'Afriques occidentales. Des webzines comme Outremonde ou Mots et Légendes ont publié à l'occasion des auteurs issus de différentes minorités. Dans l'édition professionnelle, il n'y a pas de racisme seulement de la frilosité qui se ressent jusque dans les traductions. Si l'on a pas traduit Saladin Ahmed, c'est peut être parce que l'on a peut peur qu'un auteur musulman ne se vende pas assez. On a été assez frileux avec Nnedi Okorafor. On a traduit seulement la première trilogie de N.K Jemisin. L'on peut saluer la démarche des Editions de l'Instant qui pour leur lancement vont publier un roman Sofia Samatar et un recueil de Nnedi Okorafor. Il est bon que des gens brise la frontière invisible et ose. Parce que les textes sont de qualité tout simplement.

jeudi 25 février 2016

Le monopole du pulp

Les Puppies, ce groupe d'auteurs ultra conservateurs américains, sont un réservoir presque inépuisable de réflexion.
Ils défendent la SF pulp. Au moins sur le papier parce que dans les faits, ce n'est pas aussi clair. Par exemple, un de leur supporter, P. Alexander, s'estime déçu par la sélection des Puppies pour le Hugo. La réalité c'est que les Puppies n'ont pas le monopole du pulp et bien heureusement. Il existe aux USA, un mouvement New Pulp, avec notamment deux maisons d'édition très dynamiques, Airship 27 et Pro Se Production. Il semble que les puppies n'en ont jamais entendu parler. Mais pourtant, parmi les productions de ces maisons d'édition, il y a de la SF et de la fantasy.
Dans le même ordre d'idée, dans le milieu du jdr, il existe un courant appelé Old School Renaissance. Ils ont une vision bien particulière du old school qui mêle pulp et influence de la SF néoclassique dans années 70 ainsi que des comics de Heavy Metal ( le magazine américain influencé par Métal Hurlant). Ce courant a des velléités littéraires et a notamment entre autre chose donné naissance à un magazine qui mélange nouvelles, actualité du monde ludique et même un jeu de plateau en kit dans chaque numéro, Ares Magazine.
Cela prouve que les Puppies n'ont pas le monopole de la SF old school.
Mais en écrive - t - ils ? On ne peut pas nier que Larry Correia a des influences fortement pulp. Mais la majorité des auteurs du mouvement font plutôt de la SF militaire. Et c'est très loin du pulp tel qu'il est envisagé par les auteurs du New Pulp, ou les rolistes de l'OSR. Finalement on trouve du old school et même des influences fortement pulp chez des auteurs que les Puppies combattent.
Yoon Ha Lee par exemple est fortement influencé par Leigh Brackett. Elle mêle l'influence de cette grande dame des pulps à celle de CJ Cherryh pour construire un univers extrêmement personnel. Nnedi Okorafor a publié fin 2015 une novella de SF old school saupoudré d'afro-futurisme, Binti.
Bref les Puppies ont réellement un agenda politique et leur prose est - en tout pour la majorité d'entre eux - loin de la  vision pulpy qu'ils défendent publiquement.
Si bien que certains de leurs supporters, lancent des initiatives pour justement défendre cette fameuse vision pulp. P. Alexander, déjà cité, créée sa propre revue, Cirsova, pour publier de la sword and sorcery, du sword and planet et la science fantasy old school. Et s'il le fait, c'est parce qu'il a été très déçu par les textes mis en avant par les Puppies lors du Hugo.
Dans le meilleur des mondes possibles les old schooleux de toutes opinions se donneraient la main pour défendre leur vision. Mais il y a encore du chemin à faire.

mercredi 20 janvier 2016

La tentation du conceptuel

L'on dit souvent que la SF est une littérature d'idées. C'est particulièrement vrai de la hard science qui souvent prend une idée scientifique et développe le récit voir l'univers autour. Mais l'anticipation socio politique joue évidemment sur un registre comparable en parlant d'un élément dysfonctionnel de notre présent et en l'exagérant dans un but d'avertissement.
La SF est par sa manipulation des idées une littérature spéculative. Mais la frontière est ténue entre spéculatif et conceptuel. Bien souvent l'idée est le moteur du texte et n'est que cela. Il y a une volonté discursive, l'idée est au service d'une vision du monde. Et l'on passe ainsi dans le conceptuel.
Or la SF n'est pas seulement une littérature d'idée mais aussi une littérature d'images et une littérature d'univers. Les idées lorsqu'elles sont présentes doivent constituer un continuum au service d'un univers, ce qui n'empêche pas évidemment la présence d'une idéologie politique ou d'une thèse. Mais le figuratif ne doit pas être au service du thématique. Les auteurs féministes de la SF américaine des années 70 développaient une vision du monde, mais en même temps elles racontaient de bonnes histoires. Car l'idéologie n'était pas une fin en soi, mais elle était au service du récit.
Car la SF est aussi une littérature philosophique, anthropologique et mythologique. Dans le fandom c'est curieusement ce que certains reproche à la fantasy, d'être trop anthropologique et mythologique et pas assez spéculative. Les idées ne sont pas une fin en soit. La SF c'est quand même un merveilleux coffre à jouet et on aurait tort de s'en priver.

mercredi 2 décembre 2015

Nouveau Monde N°8

Un nouveau numéro de Nouveau Monde. Je dois dire que je n'avais pas été convaincu par le précédent et que le gros double hors série pêchait par l'inégalité des textes à son sommaire. Donc je me demandais à quelle sauce on allait être mangé cette fois ci.
Ce numéro est consacré à l'héroïsme, un thème avec lequel on ne peut pas tricher. Et cet héroïsme est présenté sous toute ses facettes, de l'héroïsme accidentel de l'homme ordinaire ( chez Tiphaine Levillain) jusqu'à l'épique ( la nouvelle cyberpunk d'Anne Goulard) en passant par la parodie ( Florence Vedrenne) et des visions un peu plus amères ( chez Anthony Boulanger ou Violette Paquet). Seul le texte de Frank M Monrise m'a paru un peu faible avec son histoire de joueurs de MMO.

Bref un bon numéro de Nouveau Monde. Ce webzine a beau avoir ses défauts, il est quand même une sorte de rayon de soleil dans le paysage du fandom. C'est le seul webzine à avoir choisi une approche pulp qui rappelle souvent le meilleur du Fleuve Noir de la grande époque. Ca m'étonne que l'association Ymaginères qui l'édite ( et qui semble très dynamique en plus) n'ai pas tenté de se rapprocher d'un éditeur comme Rivière Blanche.

vendredi 6 novembre 2015

Les espoirs de l'imaginaire : Laurent Pendarias

1 Pouvez-vous vous présenter en quelque mots ?

Je suis professeur de philosophie et en parallèle je termine ma thèse de doctorat sur la question de l’action dans l’incertitude. J’adorais/j’adore les livres dont vous êtes le héros, les romans, le cinéma, les arts martiaux et les créatures fantastiques.


2 Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

J’enseigne la philosophie et, en 2013, j’ai voulu mettre en récits certains concepts pour faciliter l’accès du public à des pensées parfois jugées trop abstraites (par exemple « Je reviendrai » raconte comment Kant affronte un Terminator steampunk avec sa philosophie). Les premiers essais ont convaincu les éditeurs. Depuis, j’ai publié une quarantaine de nouvelles dans divers anthologies, fanzines et webzines, qui ont parfois reçu des distinctions (1er prix ENSTA 2014). Par la suite, j’ai collaboré au développement de jeux vidéo (CrowntakersLoki’s exileUndead Undertaking). Dernièrement nous avons réalisé La onzième horde, un RPG textuel en hommage au roman d’Alain Damasio La Horde du Contrevent.


3 Tu es diplômé en philosophie. Comment la philosophie influe-t-elle sur ta manière d’écrire la SF ou la fantasy ?

La philosophie influe doublement sur ma manière d’écrire. D’abord, ma conception de la création artistique est conditionnée par les analyses des philosophes lus (Alain, Hegel, Nietzsche) et ces derniers ont souvent cherché à démystifier les supercheries en montrant le travail concret.
Ensuite, elle influe directement sur le choix des motifs puisque je prends systématiquement un philosophe, un concept ou une analyse comme sujet d’une nouvelle. Par exemple, De mortuis raconte une attaque de zombies en 1500 et illustre la pensée de Machiavel. Pandémonium peint un monde où les femmes monopolisent le pouvoir, pour mieux traiter la question de l’égalité des sexes. Livreuse vous met dans la peau d’une camionnette intelligente du futur et reprend la critique de libre-arbitre de Nietzsche.

4 Quels sont tes principaux projets littéraires ?

Actuellement nous travaillons sur AEnigma qui n’est pas un projet littéraire au sens classique du terme… mais qui concerne la question de l’écrit…
En 2015, on tend à séparer voire à opposer les univers de la littérature et du jeu vidéo. Pourtant, on pourrait envisager que les deux sont des formes de narration qui partagent plus de points communs que de différences. Au lieu de chercher à gonfler sans cesse les performances techniques des consoles, on pourrait améliorer les scénarii et les contenus proposés.
Cinq écrivains expérimentés (Anthony Boulanger, Jean-Marc Renaudie, Sophie Dabat, Marie Caillet et Yann Quero) rédigent les épisodes d’une histoire que nous programmons sous forme de mini-jeux.
Fugushiman, Veprikov et Capitaine Blue (du collectif Orbesonge) ont réalisé les graphismes et JDB Artist les musiques inédites. Enfin Aurélien « Fox Fiesta » Dos Santos a assuré le level design.
Vous pouvez retrouver le premier épisode à cette adresse :