dimanche 12 octobre 2014

L'envers de l'auto édition

Encore une réaction à l'article de Thomas Munier.
En 2008 j'ai édité un recueil de nouvelles via The Book Editions. J'en ai assuré la promotion via un certain nombre de forums ainsi que par mon blog et quelques envois de mails ciblés. J'ai aussi distribué quelques exemplaires en service de presse lors de mon passage aux Utopiales. Bref j'ai vendu très peu d'exemplaires via les commandes en ligne. J'ai voulu continuer l'effort. Je me suis tourné vers les salons du livre ayant lieu dans ma région en commençant par les petits. Je me suis heurté à la dure réalité. Quand on écrit de la science fiction en Limousin on ne vous veut pas dans ce type de manifestation ( déjà que les auteurs de polar ont du mal à faire leur trou... et ne commencent tout juste à être reconnus. Mais c'est une autre histoire). Les services de presse mentionnés précédemment n'ont bien sûr donné lieu à aucune chroniques. J'ai découvert que l'auto édition c'est bien à condition de faire un énorme effort de communication. J'ai fini par abandonner le combat (je me rend compte que j'aurais pu évoquer ces faits dans l'année de l'échec).

S'auto-éditer cela veut dire être parti sur les routes tous les week ends et aller dans des salons un peu partout en France. En tout cas là où l'on vous veux bien (quand on est un auteur de l'imaginaire ce n'est pas le cas partout). Si l'on basculait dans le tout auto-édition comme le suggère Thomas, le problème se poserait pour tous les auteurs. Le système, même parti sur des bases radicalement différentes, ne changerait pas en profondeur. La philosophie se voudrait plus généreuse mais quelque part les auteurs ne seraient pas forcément plus gagnants qu'à l'heure actuelle. En Effet ceux qui aurait le plus d'argent ou le meilleur réseau auraient les moyens de se faire connaître mieux que les autres. Ce ne serait pas forcément les meilleurs auteurs qui seraient les plus reconnus.
Les auteurs seraient obligés en effet de prendre en charge tous les efforts de communication qui sont aujourd'hui l'apanage des éditeurs. Et ça peut revenir cher de se faire connaître.
Sur la difficulté pour les auteurs auto-édité ainsi que ceux qui sont publiés par de petits éditeurs je renvoie aux article du blog de Yves Daniel Crouzet : http://yvesdanielcrouzet.blogspot.fr

Bref l'analogie avec la permaculture a ses limites ( le paysan vend dans son territoire, la culture n'a pas forcément de frontière géographique). D'autant plus que les lecteurs ont des goûts différents et tout le monde n'a pas la même approche de la lecture ( tandis que tout le monde est obligé d'acheter des produits agricoles pour subsister). Elle vaut toutefois en ce qui concerne la créativité et les pratiques de l'auteur ainsi que sa manière d'écrire. Il vaudrait mieux que l'édition parte sur un nouveau modèle économique et que la librairie fasse de même. Car je pense que ces deux secteurs sont à même d'innover même pour vendre du livre papier.

Permaculture éditoriale

Je réagis à l'excellent article de l'auteur de jeu de rôles, Thomas Munier :
http://outsider.rolepod.net/la-permaculture-creative/

Je pense que l'on peut trouver un équilibre entre la démarche jusqu'au boutiste de l'auto édition et le système éditorial. Aujourd'hui, un éditeur essaie de détecter une oeuvre sur laquelle il va capitaliser pour en faire un best seller, il va mettre le paquet au niveau communication, il va en inonder les libraires qui n'en veulent pas forcément. Le best seller doit permettre de compenser les pertes sur des oeuvres plus risquées dont certaines se vendent de manière ridicule.
Un autre système est possible. Notamment pour les littératures de l'imaginaire.
- Déjà on tire chaque ouvrage au même nombre d'exemplaires et la même mise en place. Et si un titre marche mieux que les autres on fait un retirage grâce à l'impression à la demande. Comme ça il n'y aura pas un titre qui étouffera les autres.
- Au niveau de la communication on ne fait pas plus d'efforts pour un titre ou un autre. Pas de favoritisme. Ce que l'on veut c'est qu'ils se vendent tous. Le marketing est fait non pour soutenir des titres mais pour soutenir le travail de l'éditeur dans son ensemble.
- On essaye d'avoir une production la plus éclectique possible. On publie aussi bien de la SF, de la fantasy, du fantastique.
- On ne signe aucun contrat à priori. On fait signer le contrat à l'auteur après acceptation du manuscrit et certainement pas avant le début de l'écriture. Même si l'on commande un titre à un auteur, on attend qu'il ai fini de l'écrire pour signer un contrat ( on se prémunit ainsi contre certains aléas). On ne force jamais un auteur à écrire la suite de ceci, s'il veut faire un break et passer à un autre projet. Le contrat à priori est une violence contre les auteurs. Il les force à se consacrer en priorité à un projet à l'exclusion des autres. Comme ça pas de problème de manuscrit non rendus dans les temps ou ne correspondant pas à ce que veut l'éditeur.
- On essaie d'être présent dans les points de vente les plus éclectiques. La librairie bien sûr mais aussi les maisons de la presse, les bureaux de tabac, les épiceries rurales ( être présent en zone rural là où il n'y pas de librairie ça compte) et pourquoi pas les bars geeks, les boutiques de jeux ou de jeux vidéos, les boutiques geeks.... Bref être là où on peut trouver une clientèle intéressée et pas seulement là où l'on vend des produits culturels. Et pourquoi pas se diffuser en vente en réunion en passant par l'intermédiaire des cafés associatifs ou des lieux alternatifs.

Personne aujourd'hui dans l'édition ne se lance dans cette démarche. Mais au niveau des deux premiers points c'était ce que faisait Fleuve Noir avant les années 90. C'est également comme cela que Harlequin s'est imposé sur le marché de la romance. Ca peut faire réfléchir finalement.

jeudi 9 octobre 2014

Réorientation du marché

On a pu lire cela sur le blog de l'éditeur américain PYR : "We’ve recently heard from independent booksellers that their customers are hungry for science fiction again, despite the predominance of fantasy over these last several years. "
Ce qui est important ici c'est de voir que c'est chez les libraires indépendants qu'est réclamé ce retours de la science fiction. Il est clair que l'édition américaine de l'imaginaire s'était réorienté vers la grande distribution. Le développement de la paranormal romance et de la fantasy urbaine a héroïne orientée vers un public féminin allait dans ce sens. D'autant plus que les librairies indépendantes avaient tendance à disparaître ( surtout dans les malls) et que les chaînes comme Barnes and Noble ou Borders se mettaient à phagocyter le public des centres villes. L'édition américaine s'est détournée du public de la librairie et pensait que l'avenir du livre était le supermarché. Pendant ce temps là on remarquait que la SF résistait bien en Grande Bretagne. Mais voilà en Grande Bretagne les supermarchés ferment et sont progressivement remplacé par des magasins de proximités et la librairie indépendante a encore une place dans le paysage même si ce n'est pas forcément rose avec une conjoncture assez maussade.
Mais voilà que le nombre de librairie indépendante se met à augmenter aux USA (http://www.slate.fr/story/92011/librairies-independantes-lecture) et qu'il faut revenir à une situation normale. Les éditeurs ont commencé déjà à diversifier l'offre en fantasy et l'on sent que la fantasy urbaine à héroïne est en régression. Reste la SF sur lequel on est un peu timide encore malgré un léger frémissement que l'on sent. Mais ça va venir puisque le lectorat la réclame.

En France aussi nous avons connu la réorientation du marché vers la grande distribution avec l'apparition de la bit lit. Et nos rayons de librairie ressemblent de plus en plus à des rayons de supermarchés. La SF et même la fantasy sont de moins en moins visibles au milieu de la masse des parutions de bit lit. Même si les libraires se font plus rares et que chez certains indépendants nos littératures ne sont pas en odeur de sainteté, il ne faudrait pas non plus oublier les maisons de la presse qui semblent avoir reléguées pour les plus importantes d'entre elles les littératures de l'imaginaire à la portion congrue. Donc cette réorientation est peut être ce qui est arrivé de pire aux littératures de l'imaginaire. La SF populaire et la fantasy populaire de qualité se font plus rare et la bit lit envahit nos librairies. Je n'ai rien contre la bit lit et notamment certaines séries de fantasy urbaine qui sont fort respectables. Mais que l'on se sente obligé d'introduire de la paranormal romance (qui devrait être en rayon romance) là je dis non.

mardi 7 octobre 2014

Les espoirs de l'imaginaire : Richard Mespléde

1 Peux tu te présenter en quelques mots ?
J'ai vu le jour dans d'étranges circonstances lors du solstice d'hiver 1975, dans les Landes. Je suis père de famille et exerce actuellement la profession passionnante d'animateur en gérontologie. Mais j'ai une identité secrète, je mène une double vie : j'écris des histoires fantastiques.


2 Comment es-tu arrivé à l'écriture ?

Je dirais plutôt que c'est l'écriture qui est arrivée à moi. Grand lecteur depuis l'âge de dix ans environ (il m'est arrivé de lire jusqu'à trois cent romans par an) mon besoin d'évasion a rapidement orienté mes lectures vers l'imaginaire. Science-fiction, fantasy, horreur, fantastique sous toutes leurs formes... je me suis beaucoup nourri de grands classiques de ces genres comme de bouquins d'auteurs beaucoup moins connus. Et puis, adolescent, j'ai commencé à écrire, pour extérioriser mes démons intérieurs et surtout évacuer un trop-plein d'imagination. Quelques nouvelles et poèmes d'abord, que je faisais lire aux copains lesquels, adeptes de jeux de rôles, y trouvaient parfois l'inspiration, ce qui m'a logiquement encouragé à continuer. Après avoir gagné quelques concours d'écritures qui m'ont permis d'être publié dans de modestes supports (essentiellement des fanzines spécialisés dans les littératures de l'imaginaire et les univers rôlistiques), j'ai contribué, depuis 2007, à des publications plus sérieuses. Notamment le regretté magazine Black Mamba. En 2009, mes textes commencent à apparaître au sommaire d'anthologies aux éditions Sombres Rets et la Porte Littéraire. J'ai écrit en outre une pièce de théâtre et quelques chansons. Voilà, en gros, mon parcours. Celui d'un autodidacte passionné d'imaginaire.


3 Peux tu nous parler de ton projet de cycle "Chroniques de l'Ouroboros" ?

"Le Cycle d'Ouroboros" plus exactement, est né il y a environ vingt ans, à la suite d'un rêve étrange dans lequel j'ai eu la vision de cinq géants gardant cinq portes... Obnubilé par ce songe j'ai commencé à travailler (à l'époque, sur papier puis sur machine à écrire) sur un cycle de romans. Peu à peu les ogres ont disparu, de même que les portes. Je n'ai finalement gardé que le chiffre 5, qui est une icône numérologique et mystique de mon univers.
Pendant environ dix ans j'ai effectué de très nombreuses recherches dans des domaines aussi disparates que la flore amazonienne, la mécanique céleste ou le panthéon de l'Egypte antique afin d'élaborer tout un univers digne de ce nom. Je me suis rendu compte, au fur et à mesure de mes travaux, de l'ampleur du chantier! Lorsqu'on veut donner corps et crédibilité à un univers imaginaire, il convient d'établir de solides fondations, ce qui signifie ne rien laisser au hasard. J'ai recommencé l'écriture du premier roman au moins huit fois, balançant à la poubelle (je le regrette aujourd'hui!) des centaines de pages à chaque fois... Le premier tome de ce projet mégalomaniaque (je crois vraiment qu'on peut le qualifier ainsi, et j'assume mes ambitions) est achevé, mais pas encore publié. J'attends de terminer le deuxième, en réalité, pour le corriger et "lier la sauce" avant de me mettre effectivement en chasse d'un éditeur, car ces deux premiers tomes sont inextricablement mélés. Sans rien dévoiler, je préciserais juste que j'ai fait quelques entorses aux standards des récits de fantasy. En d'autres termes, l'un des buts que je poursuis en écrivant ce cycle est de sortir des sentiers battus : en tant que lecteur, je me rends compte qu'on tombe souvent sur le même schéma en fantasy, et je souhaite m'en démarquer!
Il peut paraître insensé de se dire que j'ai passé 20 ans à travailler sur ce projet alors qu'aujourd'hui le deuxième tome n'est pas encore achevé... Le calcul serait simple pour dire qu'une vie ne suffirait pas à en achever l'oeuvre! D'autant plus que je prévois au moins cinq opus pour considérer cette oeuvre comme achevée... Mais je sais que lorsque j'aurai terminé l'écriture du deuxième tome de cette fresque, les trois autres suivront naturellement très vite. Lorsque les fondations d'une tour, aussi importante soit-elle, sont bien faites, la construction proprement dite se fait naturellement, en un temps restreint. L'univers du "Cycle d'Ouroboros" est vaste, et se décline, outre le cycle susnommé, sous forme de nouvelles, de poèmes, de chansons... Certains de ces textes sont d'ores et déjà publiés, ce qui me permet de faire découvrir l'univers que j'ai créé tout en mesurant la satisfaction et les attentes du lectorat.


4 Tu as collaboré au projet d'univers de fantasy partagé de Mathieu Guibé et Mestr Tom. Que t'as apporté cette expérience ?

A la suite de plusieurs publications de mes textes dans les anthologies de "la Porte Littéraire", Mestr Tom m'a contacté en 2009 pour me proposer d'écrire un roman à quatre mains. Séduit par l'idée, et anticipant les intérêts personnels que nous tirerions d'un tel partenariat, j'ai aussitôt relevé le défi. L'exercice s'est révélé à la fois ardu et enrichissant : écrire un roman à partir d'une histoire et d'un univers qui ne sont pas les miens n'est pas facile a priori. Il a fallu échanger énormément avec Mestr Tom pour rester fidèle à son univers et ses attentes pour, finalement, parvenir à écrire "Sourtha". Satisfait de mon travail, Mestr Tom m'a rapidement proposé d'écrire un autre opus. "Les Terres Promises" a ainsi été publié en 2011. Enfin, notre troisième collaboration sera publiée dans quelques semaines aux éditions Durand Peyrolle. Il s'agit d'un roman de fantasy humoristique, encore un exercice à la fois difficile et riche en apprentissage pour moi!


5 Tu as également en projet un cycle mêlant western et fantasy dont une nouvelle est parue dans le numéro 12 de Outremonde. Peux tu nous en parler plus en détail ?

Je suis passionné de western spaghettis. Les films de Sergio Leone me sont chers, et j'aime puiser mon inspiration en les visionnant ou en écoutant les musiques d'Ennio Morricone, lesquelles bercent mes doigts tandis qu'ils s'acharnent sur le clavier de mon ordinateur. Cela fait de nombreuses années que j'ai entrepris d'écrire une série de textes courts se déroulant pendant la Guerre de Sécession. Il s'agit de nouvelles uchroniques. A un moment donné de cet événement historique, quelque chose s'est produit qui a considérablement changé le monde. Dans mes écrits, cet important conflit ne s'est pas terminé en 1865. Des armées de morts-vivants, de créatures mutantes et d'autres abominations continuent de guerroyer dans un monde où la technologie et le steampunk font loi. J'avoue avoir puisé mon inspiration, outre dans les films de Leone, dans le jeu de rôle Deadlands et l'univers de la Tour Sombre de Stephen King. Au final, je me suis suffisamment écarté de ces sources d'inspiration pour créer un univers totalement nouveau et, il faut l'avouer, désespéré, dans lequel mes personnages n'ont guère plus de chance de survie (ou de conserver leur intégrité psychique) que dans les récits de Lovecraft.
Quelques-unes des nouvelles se déroulant dans cet univers ont d'ores et déjà été publiées. Horizona Dream est parue dans l'Outremonde n°12. Assassin, Pour une poignée de Gueulards, Pour quelques Gueulards de plus ont été publiées dans les anthologies de la Porte Litéraire. Quinte Flush a rejoint le sommaire de l'anthologie "Mystère et Mauvais Genre" chez Sombres Rets... Aujourd'hui, je poursuis l'élaboration d'un recueil compilant ces textes dans le but de le soumettre à un éditeur. Mais je ne m'estime pas encore prêt. Il me reste quelques nouvelles à écrire pour en venir à bout. 2015 est l'objectif que je me suis fixé pour trouver un éditeur à ce recueil.


6 Quels sont tes autres projets littéraires ?
J'en ai beaucoup. Outre le Cycle d'Ouroboros et le recueil de "fantasy-western-horreur-steampunk" dont nous avons déjà parlé, j'envisage d'écrire un polar de science-fiction se déroulant dans une maison de retraite, un survival-horror sans zombies, et au moins une cinquantaine d'autres futur best-sellers! Sans compter mon projet d'écriture d'histoires courtes à quatre mains en cadavrexquis, un recueil de nouvelles dans l'univers du Cycle d'Ouroboros, un autre orienté SF, et des poèmes, des chansons, etc.... La liste est longue, et la vie sera trop courte, j'en ai conscience, pour mener tous ces projets à terme. Mais je continue d'y croire!


vendredi 26 septembre 2014

Tuer le père

La fantasy change. Aujourd'hui le genre veut devenir adulte et pour cela les auteurs ont décidés de tuer le père. Comme dans une famille l'enfant doit s'émanciper par ses goûts de la personnalité de ses parents, il est temps pour le genre d'exister en dehors de ses pères fondateurs. Aujourd'hui les auteurs de fantasy ont décidé de rompre avec l'influence de Tolkien. Tolkien a apporté un décorum et un schéma. Et depuis 2008 le genre part dans d'autres directions : que ce soit le grimm and gritty, le choix de se baser sur des civilisations ou des époques différentes ou encore la création de mondes secondaires plus exotiques ou plus baroques. On se rend compte que la fantasy est à un tournant de son histoire. Cela implique certes d'aller de l'avant mais aussi paradoxalement de se tourner vers le passé. Certains ont décidé de reprendre l'évolution là où elle s'était arrêté lorsque le Seigneur des Anneaux est apparu. Et de fait la sword and sorcery, genre méprisé s'il en est il y a encore dix ans fait son retours.
Même dans la fantasy la plus old school il y a des traitements nouveaux. Et ce n'est pas uniquement la littérature qui est concerné. Il suffit d'aller sur les blogs de certains rôlistes américains et l'on se rend compte que leurs campagnes n'ont plus rien à voir avec le décorum traditionnel de D&D. Aujourd'hui , ce qui est important c'est d'avoir un imaginaire personnel. On joue avec ses influences, on essaie pas d'introduire des éléments Tolkien like juste parce que c'est dans les gènes du genre.
Le lectorat américain suit. Le lectorat français ne semble par contre par encore tout à fait prêt à cette évolution. C'est ce qui explique l'arrêt des séries dont les décorums sont les plus originaux chez Bragelonne ( comme le codex Alera par exemple). Le lecteur français est encore attaché à certains éléments de décorum. Peut être qu'il faut élargir le lectorat à des gens prêt à découvrir d'autres mondes.

mardi 23 septembre 2014

Trash littérature

La trash littérature c'est la forme qu'a prise une partie de la littérature populaire dans les années 60 aux USA et qui est arrivé en Europe du sud dans la décennie suivante et en particulier en France. Littérature appelée aussi, For men fiction, elle était centrée sur le sexe et la violence. Chez nous Gérard de Villiers et ses séides s'y sont particulièrement illustrée. Et à cette époque c'était une littérature pour hommes.
Le retour du pulp dans les années 90 aux USA qui s'est largement infusé dans le thriller (mais la tendance avait commencé dès la fin des 70's et le début des 80's) a permis l'émergence d'une littérature new pulp et l'éditeur traditionnel de la trash lit, Gold Eagle, a largement pulpisé sa production ( avec notamment une série sur une archéologue aventurière écrit sous le house name de Alex Archer). Qu'est devenu la trash lit aujourd'hui. Et bien elle s'est féminisé curieusement. En bit lit  on trouve un certain nombre d'ouvrages mêlant scène sexuellement explicite et violence. Bref ce qui était jusque là l'apanage de la trash lit.
On peut se demander le pourquoi de cette évolution ? Un recul de la condition féminine avec une augmentation des postes précaires pour les femmes ( la trash lit a toujours été une littérature prolétarienne) ? Ca n'explique peut être pas tout. Après tout une partie du public de Gérard de Villiers était un public de cadres. En parallèle de la culture du divertissement, il y a toujours eu des gens qui préférait l'abrutissement. Chez les hommes il s'agissait de mettre en avant la virilité et c'était pour ce type de macho, que la for men fiction a été créé loin de codes du pulp et ses héros idéalisés. Les femmes souhaitent aussi mettre en avant leur part d'ombre et le mauvais coté de leur personnalité. Le fait que la société valorise de manière excessive le sexe et la violence n'est sans doute pas étrangère à la vague du porno paranormal. Mais curieusement on assiste à un recul de l'affirmation des bas instincts dans la littérature masculine ou en tout cas la littérature masculine elle, est en train de disparaître. En tout cas en tant que telle. La subculture de la virilité se trouve surtout dans les milieux de la culture urbaine et celle ci n'a pas encore accouché d'un genre littéraire. Cela explique aussi cela.

lundi 8 septembre 2014

Les littératures de l'imaginaire face à la culture populaire

Il y a quelques mois Stephen Davidson, rédacteur en chef de Amazing Stories, présentait les littératures de l'imaginaire comme le centre de gravité de la culture populaire. On peut considérer que cela est vrai dans une grande majorité des pays développés mais ce n'est pas le cas de la France. En France c'est encore le polar qui occupe cette place comme dans la majorité des pays occidentaux avant les années 70.
La France a connu un phénomène étrange dans les années 80. Le centre de gravité de cette culture populaire s'est déplacé du polar vers le roman de terroir. Curieusement si Denis Tillinac a à l'époque créé l'école de Brive, c'était pour contrer le roman noir et la SF jugés trop à gauche. Il fallait créer une littérature populaire pouvant défendre les idées conservatrices. Il faut dire aussi qu'une partie de la SF et du roman noir avait été instrumentalisé par l'extrême gauche. Mais ça ne représentait pas grand chose commercialement. Donc les années 80 ont vu ce même roman de terroir occuper un espace important de la littérature populaire alors que la SF tout comme le polar entrait en crise. Il a fallu attendre la deuxième moitié des années 90 pour que ces deux littératures reviennent sur le devant de la scène. Et c'est finalement le polar qui l'emportera.
En effet la littérature noire, possédant un fandom peu organisé et peu centralisé, grâce à un travail de conviction dans les manifestations culturelles les plus diverses a fini par l'emporter. La SF se reposant trop sur le travail du fandom qui fait le maximum qu'il peut faire mais ça ne suffit pas. Les fans devraient être un peu plus actif et essayer d'utiliser les manifestations culturelles locales comme tribune.