Outremonde est une aventure que je suis depuis ses débuts. C'est un des meilleurs webzines français consacré à l'imaginaire. Jusqu'à présent je n'avais pas été déçu. Mais il faut un commencement à tout. Ce numéro 7 est donc décevant.
Le thème retenue - d'un monde à l'autre - évoquait pour moi space opera, planet opera, univers parallèles, récits de voyage, d'exploration, d'exil, récit sur les mutations sociales et l'évolution des civilisations. Au lieu de cela, je trouve slipstream, contes philosophiques, métaphores. Mais commençons par parler du positif car il y a de bons textes :
- l'homme-télescope d'E-Traym : Un texte à la très forte charge poétique digne des meilleurs Jean Claude Dunyach.
- Ogre des Villes et ogres des champs de Sophie Dabat : un amusant texte de fantasy sur ce que sont devenus les ogres dans notre société. Avec une chute assez ironique.
- Les vérités de Paddy de Kevin Kiffer : une récit d'exil et d'aventure maritime. Un excellent texte de fantasy.
- Sentience de Florent Salem : de la hard science à la manière de Greg Egan. L'enjeu c'est la perception sensorielle absolue à l'aide d'un symbiote artificiel.
Mais le reste m'a nettement moins convaincu :
Reborn d'Anthony Boulanger : ça avait pourtant bien commencé. Un récit d'exploration spatiale à la manière d'arthur C Clarke mais ça se gâte avec le chute métaphorique et lourdingue qui plombe le texte.
Le syndrome de Victor de Sylvain Lasju : du slipstream à la limite de la littérature générale. Pas très intéressant. Je ne vois vraiment pas où est l'imaginaire dans ce texte.
Paul O Coste de Nicolas Hel : encore du slipstream. Le plus puissant empathe de le terre provoque une catastrophe. C'est traité à la manière d'un des plus mauvais romans de Robert Silverberg, l'oreille interne. Mais là c'est une nouvelle. C'est sombre et ça se complet dans la noirceur.
Le chant des dunes de Aurélie Ligier : Un joli petit compte philosophique très ennuyeux à lire.
Le grand Moudzou : L'univers intérieur encore et encore. Cette fois ci c'est celui de l'enfance et la manière dont l'enfant transforme la réalité par le jeu. Mais encore une fois ce n'est pas très concluant.
La fable de Babylone de Michael Moslonska : un récit d'anticipation sur l'immigration clandestine. C'est bourré de poncifs et c'est plutôt pénible à lire.
Où sont donc les petites merveilles dont Outremonde avait le secret ? Ces textes finement ciselés qui vous scotchait sur votre chaise. J'ai comme l'impression qu'il y a eu des changements dans le comité de lecture. Cette prédominance de textes intimistes est assez peu dans la manière de ce qu'avait fait Outremonde jusqu'à présent. Je serais presque tenté de dire un numéro à oublier, un numéro loupé. Ca arrive. Sur un thème classique, à vouloir privilégier l'originalité on risque de franchir la ligne rouge et publier des textes plus expérimentaux au détriment de petites mécaniques bien huilées qui malgré leur classicisme peuvent très bien fonctionner. J'ose espérer que ce n'est qu'un incident de parours pour un zine qui jusqu'à présent avait fait un parcours sans faute.
lundi 6 octobre 2008
La paranormal romance ou la stratégie du rouleau compresseur
Outre atlantique, la paranormal romance balaie tout sur son passage. En moins de deux ans ce sous genre s'est retrouvé centre de gravité de la fantasy d'exploitation. Il continue à tout renverser sur son passage. Aujourd'hui Ace ne publie quasiment plus de space opera militaire qui représentait sa base d'ouvrages populaires. Mais par contre la paranormal romance occupe une place de plus en plus importante dans leurs sorties récentes.
On peut penser que le développement de ce sous genre répond à une stratégie de cheval de Troie. Pour être présent dans le rayon livre des Walmarts les éditeurs spécialisés ont publié ce sous genre connu pour jouir plutôt d'un public féminin : le public des supermarché justement. On a surfé sur les goût des jeunes femmes. Le succès de série comme Charmed ou Buffy ainsi que celui de Harry Potter ont déterminé quel genre devait occuper le coeur des catalogues pour accroître sa présence au sein des supermarché américain. Mais à jouer ce jeu l'édition américaine va sans doute trop loin. Elle va se couper d'un certain nombre de lecteur et notamment d'une partie de sa base. Il est bon de voir que certains éditeur comme Bantam Spectra sont plus prudent et essaie d'équilibrer oeuvres ambitieuses et populaires dans leur catalogue et que la paranormal romance y est plutôt faiblement représenté (3 ou 4 auteurs dont Kelley Armstrong).
On ose espérer que ce sous genre n'envahisse pas l'imaginaire d'exploitation au point que l'on soit obligé de se tourner vers la small press pour pouvoir se procurer une fantasy épique de qualité ou un bon space opera populaire. Ce n'est pas encore le cas mais si ce genre continue à progresser avec la finesse d'un bulldozer où s'arrêtera-t-il ?
On peut penser que le développement de ce sous genre répond à une stratégie de cheval de Troie. Pour être présent dans le rayon livre des Walmarts les éditeurs spécialisés ont publié ce sous genre connu pour jouir plutôt d'un public féminin : le public des supermarché justement. On a surfé sur les goût des jeunes femmes. Le succès de série comme Charmed ou Buffy ainsi que celui de Harry Potter ont déterminé quel genre devait occuper le coeur des catalogues pour accroître sa présence au sein des supermarché américain. Mais à jouer ce jeu l'édition américaine va sans doute trop loin. Elle va se couper d'un certain nombre de lecteur et notamment d'une partie de sa base. Il est bon de voir que certains éditeur comme Bantam Spectra sont plus prudent et essaie d'équilibrer oeuvres ambitieuses et populaires dans leur catalogue et que la paranormal romance y est plutôt faiblement représenté (3 ou 4 auteurs dont Kelley Armstrong).
On ose espérer que ce sous genre n'envahisse pas l'imaginaire d'exploitation au point que l'on soit obligé de se tourner vers la small press pour pouvoir se procurer une fantasy épique de qualité ou un bon space opera populaire. Ce n'est pas encore le cas mais si ce genre continue à progresser avec la finesse d'un bulldozer où s'arrêtera-t-il ?
jeudi 2 octobre 2008
Le messie venu de Berkeley
Si il est un auteur qui a influencé durablement la SF française c'est bien Philip K Dick. Le thème de la réalité truquée a été usé jusqu'à la corde dans notre beau pays dans les années 70 et 80. Michel Jeury a été le premier a en user. Mais si on lit le volume de la grande anthologie de la SF française consacrée à cette période l'on se rend compte qu'il n'a pas été le seul à en user. La majorité des français à l'époque parlaient de ce thème. Les années 80 ont continué le mouvement. Si on lit l'anthologie Superfuturs de PHilippe Curval l'on se rend compte à quel point Dick est devenu la quasi unique référence anglo saxonne en matière de SF, remisant au placard tous les autres grands maîtres du genre. Si l'on peut tout de même trouver aussi la trace de Ballard, de Brunner ou de Spinrad on ne trouve aucune trace de certains autres auteurs de la new wave comme Le Guin, Zelazny ou Delany. On retrouve l'ombre de Dick jusque dans un roman comme Ombromanies de Jean Pierre Hubert qui commence par nous présenter une société baroque et qui finit dans la rélaité truquée.
Dick est devenu pendant un temps une sorte de prophète du genre. L'auteur américain était certes en rupture avec la Sf de son temps. Mais il était surtout un voix singulière un peu hallucinée par certains cotés. J'oserais même dire qu'il ne représentait que lui même et mettait en scène ses obsessions et ses psychoses à travers la SF. Qu'il ait été pendant un temps une référence majeure l'on veut bien l'admettre. Mais il est resté un peu trop longtemps la référence.
Dick est devenu pendant un temps une sorte de prophète du genre. L'auteur américain était certes en rupture avec la Sf de son temps. Mais il était surtout un voix singulière un peu hallucinée par certains cotés. J'oserais même dire qu'il ne représentait que lui même et mettait en scène ses obsessions et ses psychoses à travers la SF. Qu'il ait été pendant un temps une référence majeure l'on veut bien l'admettre. Mais il est resté un peu trop longtemps la référence.
lundi 29 septembre 2008
Le temps des vaches maigres
Lorsque l'on regarde les nominés des différents prix on est surpris par deux choses :
- La présence d'ouvrages de littérature générale au palmarès du du Rosny et du GPI (respectivement Elise Fontenaille et G. Olivier Chateaureynau)
- L'absence de certains éditeurs; Pour la SF le Belial, Eons, Rivière Blanche n'ont aucun titres nominés cette année que ce soit au GPI ou au Rosny. Quant à la fantasy pour le prix Merlin de petit éditeurs comme Mille Saisons et l'Olibrius Celeste ne figure pas parmi la sélection des nominés mais c'est plus surprenant il n'y a aucun titres de Mnémos cette année.(d'ailleurs pour le Merlin cette année on a été obligé d'aller chercher un titre en jeunesse et un titre publié à compte d'auteur).
On peut aussi remarquer que les années précédente un éditeur comme Nestiveqnen était omniprésent. Or depuis sa mise en stand by on ne peut que regretter l'absence d'éditeurs spécialisés dans la publication de romans francophones de qualité. Il est même possible que Nesti publiait 50% de la production française en fantasy. C'est pour ça aussi qu'aucun des titres de Riviere Blanche ou de Eons ne soient nominés alors qu'ils publient l'essentiel de la production francophone en SF. Il fut un temps où l'on hésitait pas à mettre des romans du Fleuve dans les palmarès. Deviendrait on plus légitimiste ? Et serait - on plus regardant sur la littérarité des oeuvres ?
Il est clair que l'on peut regretter que les éditeurs qui ont de gros moyens ne fassent pas plus et notamment Bragelonne qui a les moyens d'investir et d'essayer de lancer un ou deux nouveaux talent tous les ans. L'Atalante se contente aussi de faire fructifier une écurie d'auteur. Faudrait - il qu'il y ait un prix du premier roman pour le Rosny et le Merlin pour que l'on se bouge enfin les fesses ?
- La présence d'ouvrages de littérature générale au palmarès du du Rosny et du GPI (respectivement Elise Fontenaille et G. Olivier Chateaureynau)
- L'absence de certains éditeurs; Pour la SF le Belial, Eons, Rivière Blanche n'ont aucun titres nominés cette année que ce soit au GPI ou au Rosny. Quant à la fantasy pour le prix Merlin de petit éditeurs comme Mille Saisons et l'Olibrius Celeste ne figure pas parmi la sélection des nominés mais c'est plus surprenant il n'y a aucun titres de Mnémos cette année.(d'ailleurs pour le Merlin cette année on a été obligé d'aller chercher un titre en jeunesse et un titre publié à compte d'auteur).
On peut aussi remarquer que les années précédente un éditeur comme Nestiveqnen était omniprésent. Or depuis sa mise en stand by on ne peut que regretter l'absence d'éditeurs spécialisés dans la publication de romans francophones de qualité. Il est même possible que Nesti publiait 50% de la production française en fantasy. C'est pour ça aussi qu'aucun des titres de Riviere Blanche ou de Eons ne soient nominés alors qu'ils publient l'essentiel de la production francophone en SF. Il fut un temps où l'on hésitait pas à mettre des romans du Fleuve dans les palmarès. Deviendrait on plus légitimiste ? Et serait - on plus regardant sur la littérarité des oeuvres ?
Il est clair que l'on peut regretter que les éditeurs qui ont de gros moyens ne fassent pas plus et notamment Bragelonne qui a les moyens d'investir et d'essayer de lancer un ou deux nouveaux talent tous les ans. L'Atalante se contente aussi de faire fructifier une écurie d'auteur. Faudrait - il qu'il y ait un prix du premier roman pour le Rosny et le Merlin pour que l'on se bouge enfin les fesses ?
Technique, culture, SF, Fantasy
On sait qu'en France la SF a été très longtemps marqué à gauche. Aujourd'hui on parle de déclin de la SF. Je me demande si ce marquage politique ne l'explique pas quelque part.
Régis Debray nous dit que pendant longtemps chez nous la pensée technique a été une pensée de gauche et que la pensée culturelle une pensée de droite. Mais que depuis les années 70 ces valeurs se sont inversées. Le succès de la fantasy aujourd'hui est sans doute à chercher dans ses liens avec les racines culturelles. Et ce sont ces valeurs culturelles qui forment aujourd'hui l'un des socles de la pensée de gauche. La science a été récupéré par les multinationale qui l'ont transformée en technoscience, science sans conscience au service du profit. Si l'on on observe bien l'on se rend compte que la majorité des auteurs américains de Hard SF se situent dans la mouvance conservatrice. Par contre la jeune génération d'auteurs de Sf anglo saxon essaient de concilier culture et technique (je pense à des gens comme Elisabeth Bear). Ils sont parfaitement le reflet de leur époque et ne sont pas comme chez nous en retard guerre. Le succès d'un auteurs comme Pierre Bordage s'explique parce qu'il a une pensée à dominante culturelle. C'est le cas aussi de Roland C Wagner, Ayerdahl ou Laurent Genefort.
Peut être que le passage à la new wave dans les années 70 était lié à un changement de paradigme. Si le succès commercial de la fantasy débute à la fin des années 70 ce n'est peut être pas non plus un hasard. Les classes moyennes se sont appropriés une pensée culturelles alors que les milieux aisés adoptaient un mode de pensée plutôt technocratique. La littérature est quelque part le reflet de la société et on doit s'en souvenir.
Régis Debray nous dit que pendant longtemps chez nous la pensée technique a été une pensée de gauche et que la pensée culturelle une pensée de droite. Mais que depuis les années 70 ces valeurs se sont inversées. Le succès de la fantasy aujourd'hui est sans doute à chercher dans ses liens avec les racines culturelles. Et ce sont ces valeurs culturelles qui forment aujourd'hui l'un des socles de la pensée de gauche. La science a été récupéré par les multinationale qui l'ont transformée en technoscience, science sans conscience au service du profit. Si l'on on observe bien l'on se rend compte que la majorité des auteurs américains de Hard SF se situent dans la mouvance conservatrice. Par contre la jeune génération d'auteurs de Sf anglo saxon essaient de concilier culture et technique (je pense à des gens comme Elisabeth Bear). Ils sont parfaitement le reflet de leur époque et ne sont pas comme chez nous en retard guerre. Le succès d'un auteurs comme Pierre Bordage s'explique parce qu'il a une pensée à dominante culturelle. C'est le cas aussi de Roland C Wagner, Ayerdahl ou Laurent Genefort.
Peut être que le passage à la new wave dans les années 70 était lié à un changement de paradigme. Si le succès commercial de la fantasy débute à la fin des années 70 ce n'est peut être pas non plus un hasard. Les classes moyennes se sont appropriés une pensée culturelles alors que les milieux aisés adoptaient un mode de pensée plutôt technocratique. La littérature est quelque part le reflet de la société et on doit s'en souvenir.
vendredi 26 septembre 2008
Les trous du PIF
Il manque deux choses dans le paysage imaginaire français (autrement dit, le PIF) :
- Une collection de textes de fantasy et de SF très littéraires qui pourrait être pour les littérature de l'imaginaire l'équivalent de la Blanche de Gallimard en littérature générale.
- Une collection populaire dans l'esprit de Fleuve Noir Anticipation, distribué en mass market. Peut être grâce à un circuit de distribution paralléle.
- Une collection de textes de fantasy et de SF très littéraires qui pourrait être pour les littérature de l'imaginaire l'équivalent de la Blanche de Gallimard en littérature générale.
- Une collection populaire dans l'esprit de Fleuve Noir Anticipation, distribué en mass market. Peut être grâce à un circuit de distribution paralléle.
jeudi 25 septembre 2008
Bizarre, vous avez dit bizarre
Le new weird est un genre qui comprend notamment des auteurs comme China Mièville et Jeffrey Ford. Ces deux auteurs écrivent des récits urbains hallucinés empreints de surréalisme tenant aussi bien de la SF que de la fantasy. Lorsqu'on pense à une certaine SF des années 80, on peut se dire que l'on en était pas loin.
Lorsque l'on lit la ville au fond de l'oeil de Francis Berthelot on est vraiment proche de la définition donnée précédemment. Mais ce qui marche dans Physiognomie de Ford ou dans Perdido Street Station de Mièville ne fonctionne absolument pas chez Berthelot. Il y a en effet des différences. Là où Berthelot est un auteur de l'intime, Mièville ou Ford sont des auteurs du social. Là où Berthelot essaie de maintenir son imagination sur des rail, Mièville et Ford, eux lâche la bride sur le coup à leurs délires les plus fous. Le roman de Berthelot n'est pas mauvais, mais son style est froid presque clinique. Son prétexte est de parler de la schizophrénie, de la neurasthénie et des états mentaux les plus sombres. Il y avait pourtant quelques belles idées comme les Enfants Chrysalides. Mais le roman de Berthelot est totalement monodimentionnel et n'est pas là pour exposer un foisonnement de thème. Donc quelque part ça sonne faux et on a l'impression d'un imaginaire qui s'ampute volontairement de lui même. On parle de l'espace intérieur mais on oublie d'ouvrir sur l'espace extérieur, donc le social sous toute ses formes, sociologiques, ethnologiques, anthropologiques, théologiques, linguistiques etc....
Lorsque l'on lit la ville au fond de l'oeil de Francis Berthelot on est vraiment proche de la définition donnée précédemment. Mais ce qui marche dans Physiognomie de Ford ou dans Perdido Street Station de Mièville ne fonctionne absolument pas chez Berthelot. Il y a en effet des différences. Là où Berthelot est un auteur de l'intime, Mièville ou Ford sont des auteurs du social. Là où Berthelot essaie de maintenir son imagination sur des rail, Mièville et Ford, eux lâche la bride sur le coup à leurs délires les plus fous. Le roman de Berthelot n'est pas mauvais, mais son style est froid presque clinique. Son prétexte est de parler de la schizophrénie, de la neurasthénie et des états mentaux les plus sombres. Il y avait pourtant quelques belles idées comme les Enfants Chrysalides. Mais le roman de Berthelot est totalement monodimentionnel et n'est pas là pour exposer un foisonnement de thème. Donc quelque part ça sonne faux et on a l'impression d'un imaginaire qui s'ampute volontairement de lui même. On parle de l'espace intérieur mais on oublie d'ouvrir sur l'espace extérieur, donc le social sous toute ses formes, sociologiques, ethnologiques, anthropologiques, théologiques, linguistiques etc....
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