lundi 15 août 2011

Les espoirs de l'imaginaire : Philippe Déniel

1 - Peux tu te présenter en quelques mots ?
Gasp, je suis super mauvais dans ce registre là. Heureusement, cela a été déjà fait pour outremonde, alors je vais outrageusement réutiliser ce qui a déjà été fait (http://outremonde.fr/index.php?/auteurs/23-deniel-philippe). C'est nerveux, je déteste parler de moi même (je laisse ce privilège à Jules César et à Alain Delon).

2- Comment es tu venu à l'écriture ?
Réponse standard numéro 54 ter : par hasard ;-) . Plus sérieusement, j'ai pratiqué les jeux de rôles pendant des années durant mes études et après ensuite. Cela devint difficile de pratiquer une fois dans la vie active, alors au lieu d'écrire des scénarios de JdR j'ai écrit des nouvelles, sans vraiment les finir. Et puis courant 2002, j'ai envoyé un texte au concours organisé par le site ActuSF.com (qui s'appelait alors encore "la 85ème dimension" à l'époque) sans y croire, juste pour tenter le coup. A ma grande surprise j'ai reçu un "prix spécial du jury" pour ce texte. Et cela m'a encouragé à continuer, tout simplement.

3- Tu aimes souvent mêler SF et fantasy dans tes textes. Te considères
tu comme un auteur de science fantasy ?

Pas du tout. J'aime juste mélanger les genres. J'ai mélangé western et mythologie, revisité des contes de fées, alors mêler la fantasy e la SF n'est qu'un mélange de genres comme un autre :-) .

4 - Tu empruntes volontiers des motifs mythologiques. D'où te vient ce
goût pour les mythes ?

D'ulysse 31 !!!! Quand j'étais tout gamin, cette série a été diffusée pour la première fois et elle tranchait beaucoup avec les dessins animés japonais qui pullulaient dans les émissions pour enfants (Albator et Goldorak en tête). Cette série reprenait des thèmes mythologiques je me suis donc intéressé au sujet et je suis tombé dedans... La mythologie grecque est si vaste. Après je me suis intéressé à d'autres mythologies et à des contes d'autres cultures. Ce sont des histoires "archétypes" que l'on retrouve partout, tous les récits qui existent s'y rattachent d'une manière où d'une autre.

5 - Quels sont tes projets littéraires ?
Concrètement, continuer à écrire des nouvelles, c'est l'objectif number one (parce que raconter des histoires, on a beau dire, mais c'est vraiment fun ;-) ). J'ai participé à un supplément de Jeu De Rôles récemment (ça s'appelait "Peplum Soda" et c'est une extension pour "Brain Soda" qui est un jeu aussi original que déjanté) et j'en prépare une seconde. Sinon (mais là c'est encore du "top secret") j'aimerai beaucoup scénariser une BD. A part cela, le projet d'écrire un truc "bien plus long qu'une nouvelle" me trotte de plus en plus dans la tête ces derniers temps. Je risque probablement de passer à l'acte un de ses 4 matins ;-) .

samedi 6 août 2011

Changement d'époque

La SF serait elle en train de changer d'époque ? On peut le croire. L'époque précédente démarré avec les cyberpunks qui avait ancré le genre dans un paradigme technologique est en train de s'achever : se sont succédés les cyberpunks, le retour de la hard science dans les années 90, la singularité, le transhumainsme. A coté de cela on voit apparaître un discours post moderne de déconstruction du genre avec des auteurs comme Robert Charles Wilson. Les futurs sombres sont à la mode : la critique de l'idéologie néolibérale domine le milieu. On peut d'ailleurs se demander si à force de dénoncer cette idéologie, les auteurs n'ont pas contribué à la rendre possible, à l'actualiser, à lui permettre de s'ancrer dans le champs des possibles. Tous ces courants sont certes différents les uns des autres mais ils ont en commun deux choses : la volonté d'ancrer le genre dans le réel et de le détacher d'un imaginaire de fiction et d'évasion, de mettre au centre du récit l'idée (la sf littérature d'idées, l'idée pouvant être concept, idéologie...).
Les années 2000 font souffler un vent nouveau :
- Apparaissent des anthologies comme Shine qui veulent faire la part belle à des futurs optimistes. Cette anthologie n'est pas un épiphénomène puisque l'on en a vu d'autres comme Seeds of change ( sur les changements de civilisation), Wild humanists ( comment l'écologie peut changer la société) ou encore Little mosque amongs the stars (imaginer une vision positive de l'islam dans le futur). Bref des anthologies qui tranchent avec les discours pessimistes sur l'avenir de nos sociétés. Une SF qui arrête de n'être qu'un vecteur de dénonciation du présent pour véritablement imaginer des futurs.
- Le courant Scifi Strange mené par Jason Sandford fait la part belle aux spéculations basées sur les sciences humaines et n'hésitent pas à mener le genre dans ses derniers retranchements : poésie, baroque, décadence.... Un des courants les plus enthousiasmant de ces dernières années. Là aussi, des auteurs qui innovent en étant dans la continuité de ceux qui les ont précédés. Ils se réclament dans la ligne d'une New Wave élargie et dans le fil de la nouvelle SF américaine des années 70.
- On voit des auteurs appartenant à des minorités publier ainsi que des anglophones non anglo saxons originaires de tous les continents. On a une diversification et une mondialisation qui amène un sang neuf.
- Le leader éditoriale de la SF anglosaxonne est John Joseph Adams qui a pris le relais de Helen Datlow qui occupait jusque là le rôle de principal leader littéraire et éditorial. Adams a une vision beaucoup plus large des littérature de l'imaginaire allant de la hard science jusqu'à des formes extrêmement littéraires, s'intéresse aussi bien à la SF qu'à la fantasy. Du space opera à la fantasy épique, il a publié des anthologies allant des plus classiques au plus surprenantes. Mais il dirige également deux revues (Lightspeed et fantasy) et occupe les fonctions de directeur littéraire de Prime Books.
- Quant à la SF populaire si elle est étouffée par des licences commerciales aux USA, on a vu par contre ces deux dernières années de nombreux space opera publiée en Grande Bretagne. Comme les Britaniques avaient dans les années 90 fait évoluer la fantasy épique, on a des raisons de penser qu'ils feront la même chose avec le space opera.

Bref autant de directions qui nous montre que l'époque est en train de changer. Nous ne vivons pas une crise de la SF, mais l'évolution nécessaire d'une littérature essoufflée après plus de vingt ans à renier une partie de sa nature qui retrouve enfin cette identité confisquée par une partie du fandom soucieux d'en faire un espace de réflexion et non plus une vraie littérature d'imagination. Après deux décennies et demi de restriction du domaine du genre on voit arriver autant de facteur d'élargissement qui rendent optimistes pour les années à venir. Ce n'est que génése de quelque chose, mais une chose est sûre ce n'est pas prêt de s'arrêter. Vivement la suite.
On ne peut être que déçu par les prises de position des leaders éditoriaux du genre comme Serge Lehman faisant l'apologie de l'orientation postmoderne avec son rattachement de la SF à la métaphysique, ou la défense et illustration de la hard science comme voie royale par certains. Heureusement chez nous aussi des auteurs commencent à faire leur trou comme autant de petites souris patientes prêtes à creuser un vaste chantier.

vendredi 5 août 2011

Les espoirs de l'imaginaire : David Chauvin

1 Peux tu te présenter en quelques mots ?


J'attends l’âge ingrat et bien trop élevé de 32 ans, celui auquel on est censé vivre dans un pavillon phœnix ou un appart de standing et entretenir une ribambelle de gamins. Sauf que je viens d’une belle région bien trop marquée par la vieillesse et la mort : la Manche (pays de marbreries et de granit), et donc je tâche de rester jeune dans toutes mes actions. Je vis à Tours une jolie ville à taille humaine, depuis 1986, autant dire la préhistoire pour bien des lecteurs du présent blog.

Après le lycée, j’ai étudié l’histoire et l’archéologie durant cinq ans (DEA devenu Master 2) avec une spécialité en histoire romaine, avant de connaître un parcours pour le peu erratique. Aujourd’hui, je survis en accomplissant un travail très physique afin de vivre mes passions, moi qui ait toujours exécré le sport. Au fond de moi, j’en tire une certaine fierté.

Que dire de plus sur l’homme que je suis ? Je suis un être plutôt taciturne et colérique qui ne supporte pas la bêtise ambiante et a tendance à se retrancher dans se univers, une sorte d’enfant attardé qui n’a pas surmonté le syndrome de Peter Pan.

J’aime le métal (qu’il soit brutal ou harmonique), la musique des années 80 et même le vieux rock des décennies d’avant. Je suis un infatigable collectionneur de figurines et je passe beaucoup de temps à les réparer et à les repeindre, comme si je refusais la décadence inéluctable de toutes choses.

Je suis un gourmand invétéré qui absorbe de grandes quantités de viandes, fromage et alcool sans trop faiblir, on ne vit qu’une fois…



2 Comment es tu venu à l'écriture ?



Il a fallu un certain temps, pour ne pas dire un temps certain à me décider vraiment (à 26 ans pour être exacte, période noire de chômage, d’ennui et de frustrations).

J’avais bien publié quelques textes étant petits dans des bulletins municipaux : j’ai très vite eu une certaine affinité avec la langue française et ses possibilités. Pourtant, un mélange de manque de confiance et de modestie mal placée m’a longtemps empêché d’écrire de vraies histoires.

J’ai, durant mes jeunes années de lycée et de Fac noirci des cahiers entiers de campagnes et de scénarios de jeu de rôle : il faut dire que je m’adressais à des joueurs exigeants qui en avaient vues d’autres ; de plus, je me plaisais dans ce rôle de scénariste de série à suspens et à grand spectacle. Du jeu de rôle, je suis logiquement passé à la création d’univers et de récits: le temps et le travail que je passais à établir des campagnes pour un groupe restreint, je pouvais l’employer à faire plaisir à un plus large public, les idées de personnages, de légendes ou de chimères quoi m’obsédaient, je pouvais les faire naître sur le papier.



3 Ton principal projet littéraire est un cycle de récits fantastiques intitulé Contes de l'Outreplan ? Peux tu nous présenter cet ambitieux projets et la mythologie qui le sous - tend ?



Les Contes d’Outreplan sont mon plus ancien projet : l’idée était de réunir un nombre « magique » (pour l’instant dix, mais je monterai sans doute à douze ou treize) de petites histoires horribles et grinçantes ayant attrait à un thème commun : les autres royaumes d’existence, leurs habitants et leurs incursions sur notre propre monde tangible.

L’univers s’inspire un peu de « La Quatrième Dimension » tout en introduisant la notion d’êtres et de pouvoirs d’« outre-plan », les premiers considérant souvent les humains comme des nuisibles à éliminer, les seconds étant souvent l’objet de quête des illuminés les plus ambitieux.

Certains scientifiques se figurent un monde non pas en trois ou quatre dimensions mais en dix ou plus : j’ai essayé d’imaginer ces royaumes et leurs habitants monstrueux, puis leurs préoccupations, leurs agissements sur Terre et leurs conflits internes, leur rôle dans l’Histoire.

On peut imaginer toutes sortes de récits mais dans la plupart des cas, mes héros sont des hommes et des femmes qui prennent conscience de l’horrible vérité et tâchent de lutter contre la tyrannie des monstres qui cherchent à tuer ou à pervertir tout ce qui vit. Dans mon univers, certaines factions secrètes cherchent à résister aux incursions d’outre-plan ou au contraire, prennent partie pour telle ou telle créature charismatique : sans compter celles qui se sont introduites dans les cercles de la politique, de l’économie ou des médias et qui agissent en secret.



4 Peux tu nous présenter ton projet de cycle de SF, Les enfers miniatures ?



Je m’intéresse effectivement aussi à la SF, plus à l’aspect « planet opera » qu’aux interrogations technologiques et écologiques d’ailleurs. Dans les « Enfers miniatures », la galaxie présentée est celle qui a été peuplée par une humanité qui a fui une menace aujourd’hui oubliée et dont la diaspora s’est multipliée pour créer une infinité de mondes et de cultures. Mais comme je suis un éternel pessimiste, cette galaxie est minée par les conflits, l’obscurantisme, la pollution, et les intérêts égoïstes. En toile de fonds, une grande guerre se prépare entre la Croisade Rédemptrice de Spartàn, qui entend remodeler l’humanité et le Pacte unilatéral de l’Union, dirigé par le « Grand frère » Gaédien : une forme de Seconde guerre mondiale à l’échelle galactique : avec son lot de haines, de propagande, de combats et de désastres. Pendant ce temps, certaines civilisations non-humaines conspirent pour en finir avec cette espèce qui se reproduit et ravage tout sur son passage, comme un nuage de sauterelles : leurs cultures ancestrales ne peuvent certainement pas endurer plus longtemps cette invasion ?

Mon premier projet de roman dans les « Enfers miniatures » s’intitule « Guyana Sunrise » et met en scène une violente révolte pénitentiaire sur le petit monde pauvre et forestier de Guyana, devenu camp de redressement pour les grandes puissances de l’Union. Dans un deuxième projet intitulé « Blockhaus », un groupe d’explorateurs est confronté à l’enfer qu’est devenue Thyatire, planète berceau de la fameuse Croisade rédemptrice. Enfin dans « La petite fille aux allume-gaz », je parle de l’empire déclinant d’Eboria, furieusement proche de notre Europe, et gangréné par la pauvreté, la violence urbaine et le racisme.



5 De même peux-tu nous détailler tes divers projets en fantasy ?



Lorsque je me suis lancé dans l’aventure improbable de l’écriture, j’avais deux choses en tête : les « Contes d’Outre-plan » mais aussi un cycle de fantasy mettant en opposition notre monde et un autre : Nékroôs, un monde médiéval-fantastique servant de prison aux neuf démons, des créatures qui manquèrent de détruire la galaxie autrefois. Dans le cycle de Nékroôs, une adolescente de notre Terre est précipitée dans ce monde primitif et apprend à retrouver ses véritables pouvoirs pour entrer en résistance contre les monstres qui tentent de sortir de Nékroôs pour achever leur tâche de destruction dans notre univers. C’est un vaste projet, avec un univers aussi détaillé que la Terre du Milieu de Tolkien ou l’Age hyborien de Howard, aussi vais-je mettre un certain temps à le mettre au point.

Parallèlement, je bosse sur des univers fantasy autres et plus proches de notre Terre, plus inspirés de la véritable histoire de la Terre ou des Contes de fées revisités.



6 quelles vont être tes prochaines publications ?



Difficile à dire, je dois mes premières publications de nouvelles (une dizaine en format web) à des appels à texte, c’est un jeu un peu grisant, mais à double tranchant, dont je suis revenu ces derniers temps : mes propres projets ne pouvant supporter de trop entrer dans des cases ou des critères de temps et de limites de signes. Je vais tâcher de travailler encore plus dur et de m’imposer auprès des éditeurs afin d’obtenir le Graal suprême : la publication papier, la lourde pression de la presse sur la douceur du support léger.

samedi 23 juillet 2011

L'univers est important

A force de considérer la SF comme une littérature d'idée on a oublié un fait fondamental : l'univers est important. L'univers n'est pas uniquement là pour être l'illustration d'un concept. C'est la cas par exemple dans Spin de Robert Charles Wilson. Tout le roman gravite autour de la membrane de Spin et finalement toutes les idées spéculatives découlent de la présence de celle ci. C'est quelque part une conception minimaliste de la SF.
Qu'est ce qu'un univers. Il s'agit d'un réseau d'éléments figuratifs et thématiques assemblés de manière cohérente. Donc un univers c'est un réseau de concepts et d'images mentales reliés les uns aux autres. Dans ce texte - réseau les concepts ne sont pas là pour être une tête de pont qui conditionne tout le reste. Ils sont au service du récit et surtout au service de cet univers. Les éléments figuratifs vont être les éléments matériels du récits et les éléments thématiques des éléments abstraits. On comprend très vite que les éléments figuratifs sont des noeuds du réseaux et les éléments abstraits sont au contraire le liant qui permet d'amener la cohérence. L'idée, le concept si vous préférer, vont se situer à ce deuxième niveau. Ce bel et bien les éléments figuratifs qui mènent le bal. Les éléments figuratifs vont bien sûr comprendre tous les jouets du genre customisés avec plus ou moins de talent par les auteurs. Mais également la traduction fictionnelle de toutes les images mentales que l'auteur a voulu y mettre. Et l'on comprend bien que si l'on arrive à un réseau d'objets de fiction important et bien il n'y aura pas qu'une seule idées mais bien plusieurs qui figureront dans les éléments thématiques qui apporteront du liant au texte. Le problème c'est que le niveau des idées ne sera pas forcément le niveau du contenu et les niveau des images celui de l'expression. De nombreuses images appartiendront au contenu et certains concepts seront de l'expression. On peut très bien avoir des images qui sont le moteur du texte comme chez Serge Brussolo chez qui les concepts découlent toujours d'éléments figuratifs extrêmes. Ce n'est certainement pas le seul auteur à l'avoir fait mais c'est certainement celui qui a poussé le plus loin le procédé.
L'univers est le coeur du récit de science fiction comme du récit de fantasy. C'est le point commun aux deux genres. C'est pour l'avoir oublié que la SF devient de moins en moins enthousiasmantes proposant des récits tournant autour d'un concept, ce qui pour une nouvelle peut très bien fonctionner mais qui sur un roman devient vite lourd. La SF finit ainsi par s'intellectualiser et essaye de trouver une légitimité par le développement des concepts en tournant le dos à cette notion d'univers qui a pourtant été importante dans la SF de l'âge d'or.

lundi 18 juillet 2011

Les espoir de l'imaginaire : Nicolas B Wulf

C'est au tour de Nicolas B Wulf de se prêter à l'exercice. Ce jeune auteur a comme beaucoup été révélé par ces deux piliers du fandom que sont Outremonde et Phenix Web Hors série.

1-Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je suis originaire de Rouen, né à l’aube de l’année 1980. J’ai suivi un cursus scientifique, qui s’est orienté vers les terrifiants arcanes mathématiques au fil des années. Les disciplines littéraires m’ont toujours épaulé dans les moments délicats, mon amour des mots ayant été omniprésent.
Côté musique, beaucoup de metal, pas mal de classique avec une prédominance des compositeurs d’Europe de l’Est et un peu de chanson française. Pas d’instrument dont je puisse revendiquer une quelconque maîtrise, pas assez de patience pour cela.
Un chat qui louche à la maison.
Ah oui, et j’ai une sainte horreur du fromage !


2-Comment es-tu arrivé à l'écriture ?

Autant que je me souvienne, j’ai toujours eu le goût de raconter des histoires. D’abord par des bandes dessinées aux univers inspirés par les dessins animés qui ont bercé mon enfance.
Après des premiers essais de textes de SF inachevés, c’est en 3e que le virus de l’écriture commence véritablement à s’emparer de moi, quand ma prof de Grec me lance sur l’idée de rédiger une nouvelle de SF revisitant les douze travaux d’Héraclès. En découle mon premier texte achevé, et ma première publication, en épisodes dans le journal du collège.
S’enchaînent ensuite des textes d’horreur, tous à inachevés à l’exception de la nouvelle Le Purgatoire. J’ai alors 16 ans et je ne sais pas encore que pendant l’été qui suivra, je débuterai LE projet, celui qui n’a connu de conclusion (temporaire ?) que 14 années plus tard sous le titre La Larme Noire, mon unique roman achevé à ce jour.
Pourquoi avoir écrit cette histoire de fantasy ? Sûrement par frustration. J’avais terminé le Seigneur des Anneaux quelques mois plus tôt, avait regretté l’absence de dragon malgré le pied énorme que fut cette lecture. Autre lecture décisive : celle des deux trilogies fondatrices de l’univers Dragonlance. Là, il y avait du dragon à revendre, mais j’aurais souhaité que la psychologie de certains personnages soit encore approfondie. Ce furent mes deux pierres angulaires pour me lancer : du dragon et du personnage avec une psychologie très développée. Finalement, je n’aurais vraiment travaillé que celle d’un seul de mes personnages (rires).
Et puis, à partir du moment où j’ai commencé à partager mes récits (merci à ma tendre moitié qui m’y a très fortement incité) et que les lecteurs ont répondu présents, tout s’est enchaîné et le plaisir d’écrire a pris une nouvelle dimension.


3-J'avais bien aimé ta nouvelle Esprits Racines. Comptes-tu revenir dans cet univers mêlant fantasy médiévale et vaudou ?

C’est déjà fait ! Lors de l’été 2008, je me suis replongé dans cet univers pour écrire un « feuilleton de l’été » : Par-delà l’océan. Il prend place juste après les événements d’Esprits Racines et nous permet de suivre Nickolah Dothiriel dans les pas de son père, et même bien au-delà. Je me sens vraiment à l’aise dans ce mélange des genres et je me suis beaucoup attaché à mes personnages. Une relecture récente m’en a apporté la confirmation.
L’ensemble des deux textes a été publié fin juin 2011 chez Numerik Livres, éditeur 100% numérique, sous le titre Par-delà l’océan.
Et les aventures de la Dalvénia et de son équipage de pirates sont loin d’être terminées. Je vais d’ailleurs travailler sur leur suite durant l’été.


4-Ton principal projet concerne des textes de cyber fantasy. Peux-tu nous présenter cet univers. Comment le définirais-tu pour le distinguer de celui de la franchise Shadowrun ?

Comment pourrais-je définir ce genre que je cherche à aborder avec cet ensemble de textes ? C'est le croisement entre Tolkien et William Gibson, la réunion entre Glen Cook et Bruce Sterling. Un style à ma connaissance peu abordé dans l'Imaginaire. Hormis la série de romans basée sur l'univers du jeu de rôle Shadowrun, je ne vois pas vraiment de roman qui traite de ce mélange des genres. Faerie Hackers, de Johan Heliot, s'y essaie mais, si ce roman est fort agréable, il ne pousse pas suffisamment loin le concept.
L'aspect fondamental, est que l'univers que je développe est un prolongement futuriste du nôtre, où les créatures fantastiques sont revenues à la vie, même si elles n'ont jamais vraiment disparu, et où la magie a fait sa réapparition, même si elle aussi n'a jamais vraiment disparu...
Je l’envisage comme une fusion de divers genres littéraires : la fantasy et le cyberpunk bien sûr, mais aussi le polar et le thriller, à la sauce SF.

Il me reste cependant beaucoup de travail à abattre pour définir un univers complet et cohérent, exploitable dans le cadre d’un roman. Pour le moment, ce sont des nouvelles qui vont m’aider à l’explorer et à en affiner quelques aspects.

Pour le comparer à celui de Shadowrun, je dois reconnaître que c’est difficile. Je maîtrise mal cet univers, ma connaissance se limitant à une ou deux parties du jeu de rôle et à la lecture d’une poignée de romans. Je pense que les deux univers doivent reposer sur des bases assez proches. C’est plus dans les récits eux-mêmes que se situera la différence. Shadowrun propose, dans la lignée du jeu de rôle, de suivre des indépendants en quête de missions pour pouvoir survivre (toujours très temporairement) financièrement dans la jungle urbaine. Du moins, c’est comme ça que j’ai vu cet univers. Il reste par cet aspect une source d’inspiration. Mais finalement, ce sont plus les jeux publiés par Casus Belli sous le système SimulacreS qui m’ont servi de base (Cyber Age bien sûr, mais aussi Capitaine Vaudou et même SangDragon).
Mes personnages, s’ils peuvent s’approcher par moment de ceux mis en action dans Shadowrun, ne seront que très peu dans des situations de mission commanditée, ou alors en tant que situation initiale, flashback ou intrigue secondaire. J’aimerais que cet aspect ne soit jamais au centre de mes récits.


5-Tu as également un projet de poème épique concernant un troll. Peux-tu nous parler de ce projet un peu fou ?

Il s’agit de La Geste de Klarg le Troll. J’ai eu un beau jour de janvier 2006 l'idée d'un cycle de poèmes mettant en scène Klarg le Troll, créature peureuse et chétive au destin étonnamment héroïque. L'ambiance que je voulais obtenir est celle d’une fantasy humoristique, sur toile poétique.
Les lecteurs se sont vite pris au jeu et moi aussi ! La première époque a duré 26 chants, et j’ai enchaîné sur une seconde période qui pour le moment stagne à 12 chants, mais qui en comprendra également 26 quand j’arriverai au terme.
Un projet d’édition numérique illustrée est en cours dans le cadre d’un hors-série du Codex Poeticus, mais c’est actuellement en stand by. Du coup je ne peux pas vraiment apporter de précision.


6-Quels sont tes autres projets littéraires ?

Je crois qu’il y en a déjà pas mal comme ça ! (rires)
Sérieusement, j’aimerais bien préparer un recueil de poèmes mêlant archives et inédits, autour d’une thématique SFFF. Et ces dernières semaines, l’envie de reprendre La Larme Noire avec une armée de bêta-lecteurs m’est revenue, alors que je partais dans l’idée que je ne pourrais rien en faire de plus. Par la même occasion, revenir en Noghaard pour faire revivre cet univers de fantasy me tente assez finalement…

lundi 11 juillet 2011

Les espoirs de l'imaginaire : Sébastien Ruche

Sébastien Ruche est connu pour avoir publié quelques nouvelles. On a notamment remarqué sa nouvelle Au large d'Ildeiade dans l'anthologie, De la Chair à l'acier.


1 - Peux tu te présenter en quelques mots ?
J'ai trente ans, la plante des pieds sur terre et la caboche dans les étoiles... J'écris des histoires aussi bien que des musiques et j'entremêle parfois les deux. Les passerelles entre les arts me motivent énormément. En écriture, j'évolue principalement dans le style fantastique, avec des passages en science fiction, polar noir, etc. En musique, j'expérimente la folk au sein de mon projet Eres Sound.

2- Comment es tu venu à l'écriture ?
J'ai découvert le goût des mots vers 12 ans en même temps que le réel plaisir de lecture, mais j'avais dix huit ans lorsque l'averse m'est vraiment tombée dessus. Je me suis dit que lire des histoires, c'était bien, mais que les écrire serait mieux. Je voulais passer de l'autre côté du miroir. Dans la foulée, j'ai écris ma première nouvelle. Dans le genre fantastique, bourrée de défauts et de clichés, sans aucun style personnel... Mais la machine était lancée. J'avais trouvé un moyen de canaliser le flux incessant d'images étranges qui traversaient ma tête... L'année suivante, je me suis retrouvé au sommet d'une colline rougeâtre semi désertique, quelque part en Aveyron. J'ai poussé un peu plus loin l'expérimentation. Je n'ai jamais cessé d'écrire depuis...

3- J'avais adoré " Au large d'Ildeiade". As tu l'intention d'écrire d'autres nouvelles dans des ambiances aussi baroques, mêlant SF et fantasy ?
Content que « Au large d'Ildeïade » t'ai plu ! Il y aura probablement d'autres récits de ce style, mais je ne sais pas encore quand... Lorsque j'ai débuté cette nouvelle, je ne savais pas ce qu'elle deviendrait ni jusqu'où s'étendraient le décor et l'ambiance. La plupart du temps, je ne sais pas où vont me mener les histoires. Je ne réfléchis pas au genre en amont, je le constate simplement une fois l'histoire achevée... De même, je ne crée pas de scénario, sans quoi je perds tout plaisir d'écrire. Je préfère la spontanéité de la création, regarder mes personnages prendre vie et réagir aux obstacles qui se dressent devant eux. Si je sais déjà tout ce qui va se passer, je m'ennuie et cesse d'écrire.

4- Tu écris aussi bien en littérature adulte que jeunesse. N'as tu pas l'impression de te disperser ?
Pas du tout, au contraire ! A mes yeux, chaque exercice d'écriture est important et permet de s'améliorer. Les leçons que l'on tire de tel ou tel exercice peuvent être appliquées aux autres. Les expériences se nourrissent entre elles. Je ne crois pas que les frontières entre les styles soient hermétiques. Je crois même que c'est une nécessité, pour un écrivain, de tester différents types d'écriture. Cela permet de parfaire sa plume, de la sculpter sous différents angles. Personnellement, j'ai besoin d'écrire des choses différentes, sans quoi j'ai trop vite l'impression de tourner en rond...

5- Quels sont tes principaux projets d'écriture ?
J'ai plusieurs projets en cours et à venir. Je travaille actuellement sur le second jet d'un roman. J'espère l'avoir achevé pour la rentrée de septembre. En parallèle, je poursuis l'écriture de nouvelles. Je reste très attaché à cet exercice. Il me procure des pauses rafraîchissantes sur les projets de plus longue haleine. Enfin, je vais à nouveau collaborer avec l'excellente photographe plasticienne Marie Delagnes (http://www.mariedelagnes.com) pour un nouveau conte photographique, au croisement des univers de Tim Burton et d'Egar Poe. C'est un projet d'envergure dont les bases sont déjà jetées. Le rendu final (livre, version audio et exposition), devrait voir le jour en janvier 2013...

Diversité

Aujourd'hui dans la SF nord américaine on assiste dans la génération montante à une arrivée massive des auteurs issus des minorités. Qu'ils soient Afro - Américains ( NK Jemisin, Alaya Dawn Johnson, Karen Lord...), américains asiatiques ( Yoon Ha Lee, Eugie Foster, Tony Pi...), arabo américains ( Saladin Ahmed, Amal el Moktar, ahmed A khan...) ou encore hispaniques ( Mercurio D Rivera...). Il n'y a jamais eu autant d'auteurs issus des minorités qu'en ce début de 21 éme siècle.
Quand on regarde la SF française, on n'y trouve assez peu d'auteurs issus des minorités. Ils doivent se compter sur les doigts d'une seule main. Déjà les auteurs issus des Dom Tom ont du mal à percer. A une époque on parlait beaucoup du Néo Calédonien, Pascal Gonthier. Certains avaient même annoncé la publication d'un roman de cet auteur. Pourtant les auteurs issus de ce que l'on appelle pudiquement la diversité ont beaucoup à apporter aux littératures de l'imaginaire.