vendredi 21 septembre 2018

Les webzines, moteur du renouveau ?

En France la plupart des webzines importants ( Outremonde, Mots et Légendes, Nouveau Monde) se sont mis en sommeil. Mots et Légendes s'est transformé en maison d'édition, Outremonde a donné naissance aux éditions Sombres Rêts. Mais le texte court en ligne n'a jamais été vraiment publié massivement.D'ailleurs tous les projets que je cite sont faniques et ne rémunéraient pas leurs auteurs. Mais leur contenu n'avait rien à envier à des magazine professionnels. Et pourtant.....
Dans le monde anglo-saxon les webzines se multiplient qu'ils soient professionnels ( Lightspeed, Clarkesworld, Apex, Uncanny, Beneath Ceaseless Skies...) ou semi professionnels (Strange Horizons, Fireside, Giganotosaurus, Future Fire.....). Mieux encore le principal portail, Tor.com, publie régulièrement des nouvelles (au moins une par semaine, plus durant certaines périodes). Et le cas de Tor.com n'est isolé. En Espagne, ciencia-ficcion.com, principal portail espagnol publie aussi des nouvelles. C'est le cas aussi du portail allemand, phantastik.de. Je ne connais pas par contre la situation des webzines dans ces pays.
Les webzines anglo-saxons ont permis de révéler une génération d'auteurs, souvent atypiques. Qui ont ensuite été publiés dans les grandes revues papiers. Ils ont contribué au renouveau des genres de l'imaginaire. Et si l'on regarde en France, les auteurs publiés par Outremonde ou Mots et Légendes (Kevin Kiffer, Jean Bury, Philippe Deniel, Didier Reboussin, Aurélie Wellenstein, Romuald Herbreteau, Anthony Boulanger....) sont de vrais espoirs de l'imaginaire. Certains sont en train de passer au roman. On se prend à rêver que de vrais supports professionnels numériques existent avec leur modèle économique. Qu'un portail comme ActuSF prenne exemple sur Tor.com et publie régulièrement des nouvelles. Mais il paraît qu'en France le texte court n'intéresse personne. Peut - être que si l'on essayait ça changerait les choses.

mercredi 12 septembre 2018

Les espoirs de l'imaginaire : Guillaume Sibold

Peux tu te présenter en quelques mots ?

Je suis né en 1986 à Strasbourg de parents enseignants. C'est par eux que j'ai eu le gout de la lecture, surtout par mon père qui m'a transmis son amour pour les littératures de l'Imaginaire avec ses vieilles collection du genre (notamment Présence du Futur ou Bibliothèque Fantastique Marabout). Après quelques faux départs, je me suis tourné vers la librairie, domaine dans lequel je travaille depuis 12 ans. A coté, j'ai donné des cours sur les littératures de l'Imaginaire à l'INFL (Institut National de Formation en Librairie), structure dans laquelle j'ai fait mes études et je fais des critiques pour Elbakin depuis 2012.

Comment es tu arrivé à l'écriture ?

Question intéressante car épineuse. Je ne sais plus vraiment. Je crois que c'est vers 2002, j'étais en internat et la bibliothèque de mon lycée n'était que très peu fournie en littérature de l'Imaginaire. Je crois qu'après avoir tout lu, j'ai commencé à griffonner deux trois idées que j'avais. Mais ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai réussi à faire des histoires cohérentes du début à la fin. Il a fallut attendre encore quelques années pour que je passe le pas et que je propose une de mes nouvelles à un Appel à Textes (en 2016 si je me souviens bien).

Peux tu nous parler de Conrad Stregoicavar, ton personnage récurent de sword & sorcery ?

Je ne sais pas si on peut parler de personnage récurent vu que seulement une nouvelle a été publié ("Les dangers de Samarilla"). Mais c'est vrai que j'ai écris plusieurs textes avec ce personnage qui, bien qu'impubliables pour diverses raisons, m'ont aidés à mettre en place son univers.
Conrad, c'est l'archétype du héros solitaire qui parcours les territoires désolées de sa patrie (la Strygie)pour essayer d'améliorer les choses. Car ce personnage est intiment lié aux terres maudites qu'il parcours, ou monstres et maraudeurs font régner la terreur. Le pourquoi il fait ça n'est pas vraiment expliqué et n'est pas le plus important. Disons qu'il représente ces forces brutes qui agissent selon un code de l'honneur qui leur est propre et que les autres personnes ne peuvent pas forcément comprendre. 
Pour créer cet univers, j'ai beaucoup été influencé par mes lectures (Howard, Gemmell, Lovecraft...) mais aussi par les contes et légendes d'Alsace et d'Europe de l'Est (notamment la Pologne et l'Ukraine), les livres d'histoire sur l'Alsace (et sur la Guerre de Trente ans particulièrement) ainsi que par l'ambiance sombre de l'univers du jeu de figurine Warhammer Battle. 

Quels sont tes autres projets littéraires ?

J'en ai plusieurs. Je serais au sommaire d'une anthologie pour Mots & Légendes, l'éditeur avec lequel j'ai publié "Les Dangers de Samarilla", avec une nouvelle post-apocalyptique.
Ensuite, outre quelques Appel à Textes qui m’intéressent, je suis en phase de relecture de deux romans avant un envoi aux éditeurs. Le premier est un récit Fantastique se déroulant au Mexique dans les années 90. L'autre est une histoire de Super-Héros dans un Strasbourg post-apocalyptique.
J'ai aussi des idées pour d'autres histoires mais que je ne développerais qu'une fois mes projets en cours fini. 

mardi 21 août 2018

N'ayez pas peur

Il n'y a pas pire qu'un homme qui a peur. La peur fait prendre des décisions irrationnelles et peut mener vers les abimes de notre société. Alors une foule qui a peur c'est encore plus dangereux.
Tout ça pour dire que quand l'anticipation joue à nous faire peur avec la dystopie et nous dire que le pire est toujours sûr, elle prétend faire acte d'avertissement. Mais l'homme qui a peur ne va pas changer le monde. Au contraire. Donc faire peur n'est peut être pas la bonne stratégie.
Si parler du monde tel qu'il est et présenter les dérives de nos société est nécessaire, ce n'est peut être pas suffisant. Dans le monde sous informé des années 70 parler de l'environnement ou des problèmes sociaux était nécessaire parce que la SF était la seule à communiquer sur ces sujets. Comme plus tard le cyberpunk a communiqué sur les dangers des multinationales. Mais dans le monde sur-informé et anxiogène des années 2010 où personne n'ignore le réchauffement climatique, le terrorisme, les dérives financières.... peut être que la stratégie doit être différente. Certes il y a eu de l'anticipation optimiste dans les décennies précédentes ( Roland C Wagner et Richard Canal s'y sont essayé dans les années 90 par exemple).
Mais en 2008 Jetse de Vries lance l'anthologie Shine, pour présenter des visions positives de l'avenir. D'autres anthologies d'ailleurs ont été dans ce sens là à la même époque. Des autrices comme Genevieve Valentine, Ada Palmer ou Analee Nevitz ont démontré récemment leur volonté de continuer ce mouvement ( et sans doute d'autres auteurs que je n'ai pas identifié). Le mouvement Solarpunk veut présenter des futurs où l'humanité aurait triomphé du réchauffement climatique grâce à l'alliance de la technologie et de l'action éco-citoyenne volontariste.
En France cette tendance a été relayé par Patrice Lajoie et son anthologie Futurs Radieux chez Rivière Blanche. Citons également Jean Christophe Gapdy qui présente une vision positive du multuculturalisme à travers ses textes. Mais dans l'ensemble c'est mince. Le futur proche, chez nous c'est encore les futurs de cauchemars. La mise en avant qu'a eu les romans récents de Laurent Kloetzer nous le prouve de manière éclatante que la noirceur et le sombre dictent encore leur loi dans l'anticipation du proche futur hexagonale.
Une véritable prise de conscience qui prouve que parler du pire n'est peut être pas la seule voie. Que présenter des visions positives peut dissiper les peurs de l'avenir. Pousser l'individu à redevenir un citoyen et pas seulement un consommateur apeuré.
Alors présenter des sociétés où l'on a triomphé du réchauffement climatique, ou le multiculturalisme est présenté comme une chance, ou la diplomatie est plus forte que la guerre..., non seulement ça fait du bien mais ça ouvre des perspectives fascinantes qui peuvent réconcilier la SF avec le monde.

lundi 13 août 2018

Responsabilité collective

À force de construire des futurs dystopiques, la SF n'a -t-elle pas aidé à leur permettre de s'incarner alors qu'elle voulait seulement faire œuvre de dénonciation ?
Doit -on toujours continuer à parler de la société telle qu'elle est ou alors parler de la société telle qu'elle devrait être ? On peut se poser la question. Aujourd'hui de nombreuses questions sociales ou environnementales se posent. Et parler des solutions me semblent aussi important que de parler des problèmes. D'autant plus que pour beaucoup la SF est devenue la littérature des futurs dystopique. C'est ce qui est mis en avant aujourd'hui. Et cela donne l'image d'une littérature qui joue à nous faire peur. Ce n'est qu'un aspect de la SF. Le mettre en avant me semble contre productif. Dénoncer ne suffit plus aujourd'hui. Dénoncer c'est dire que finalement le pire est là et que l'on est démuni face à lui. Aujourd'hui il faut mettre en avant les solutions.

samedi 4 août 2018

Soyons optimiste

La SF a longtemps joué la carte de la dénonciation et de l'avertissement. Il fallait parler des dangers qui guettaient notre société : bref de la société telle qu'elle est et telle qu'elle ne devait pas devenir.
Au moment où les pires cauchemars du cyberpunk sont en train de devenir bien réel l'on peut se demander si cette stratégie n'a pas été une erreur.

L'un des premier à se poser la question a été Jetse de Vries qui avec son anthologie Shine a voulu lancer une réflexion sur des futurs positifs dans lesquels la société triomphait des différents défis écologiques, sociaux, économiques pour se réinventer. Depuis les auteurs du mouvement Solarpunk ont travaillé sur des futurs où l'humanité arrivait triompher du réchauffement climatique et des autres problèmes écologiques. Bref il s'agit de la société telle qu'elle devrait - être. Cette nouvelle voie est à mon avis beaucoup plus pertinente. Elle lutte contre le fatalisme et pousse les individus à réfléchir sur les choix politiques, économiques et technologiques qui pourraient changer le monde pour le meilleurs au lieu de leur parler du pire.

jeudi 26 juillet 2018

Fandoms locaux

Le regretté Roland C Wagner avait l'habitude de comparer notre milieu avec le rock'n roll. Et il n'avait pas tout à fait tort. Dans le rock'n roll on trouve un enracinement local. La scène nationale étant la somme des scènes locales voir plus que cette somme.
Ce qui frappe dans le milieu SFFF c'est que chez nos voisins notamment en Italie et Espagne il existe des fandoms locaux qui organisent des conventiions régionales. En France, le fandom semble avoir calqué son organisation sur la jacobinisme de notre république et il n'y a pas de dialogue entre un fandom national et des fandoms régionaux et locaux. Peut être est ce là la faiblesse des littératures de l'imaginaire en France ?
J'ai souvent dit que pour être plus fort il fallait que le fandom soit plus bordelique ( soyons juste il l'est plus qu'il y a dix ans),  la création de fandoms régionaux peut y contribuer.

mardi 24 juillet 2018

Le chaînon manquant

Au lendemain de la convention européenne, on peut se demander si avant de se lancer dans l'aventure d'une Worldcon, s'il ne manque pas un chainon.
Ce chaînon c'est la francophonie. Certes la convention nationale accueille des Belges, parfois des Suisses ou même des Québécois. Mais la francophonie ce n'est pas que cela. C'est aussi des Africains et plus rarement des Asiatiques qui ont choisi de s'exprimer en Français. Au moment où l'Anglophonie est en train de prendre conscience de cette diversité, il est un peu dommage que la Francophonie soit à la traîne.
L'organisation d'une convention francophone ou se côtoieraient Français, Belges, Suisses, Québécois, Marocains, Tunisiens, Sénégalais, Ivoiriens, Cambodgiens..... serait peut être le chaînon indispensable pour s'ouvrir au monde. Je ne parle même pas des auteurs des Dom Tom qui ont du mal à se faire reconnaître même lorsqu'ils sont publiés par des éditeurs locaux qui mériterait souvent une reconnaissance en métropole.
La conquête du monde passe par une francophonie unie autour des littératures de l'imaginaire. Un francophonie qui puisse rivaliser avec les anglophones.