jeudi 14 mars 2019

La fantasy en France, un rendez vous manqué

La France n'est pas le pays de la fantasy. Il faudra attendre les années 70 pour qu'elle se développe.

Et pourtant tout avait bien commencé.  Les terreaux légendaires sont les mêmes que chez nos voisins britanniques. On ne remontera pas à Rabelais. Mais les romans de chevalerie du 16éme siècle puis les romans de merveilleux épique du 17 éme laissait augurer d'une apparition précoce du genre dès que ces influences rencontreraient l'écriture moderne. Plus tard au 18éme siècle les contes de fée ont formé un riche corpus duquel les milieux autorisés n'ont retenu que Perrault, le plus édifiant. On s'émerveille à l'époque de la traduction des Mille et Une Nuit de Gallant. Au 19 éme siècle viendra le romantisme.
Mais à la fin du 19éme et début du 20éme alors que la fantasy moderne commence à apparaître en Angleterre, aux USA et même en Allemagne, il n'en est rien chez nous. Alors que la proto -SF donne des œuvres par centaine, la proto-fantasy se fait plus que rare.

Il est difficile d'en voir les raisons. Si ce sont les auteurs qui ont manqué, ou les éditeurs qui ne s'y sont pas mis. Mais toujours est-il que ce manque est assez difficile à expliquer.

vendredi 8 février 2019

Les espoirs de l'imaginaire : Xavier Portebois

1 - Peux tu te présenter en quelques mots ?
Lillois, trentenaire, développeur, amateur de bières et de pandas roux. Je ne vois franchement pas ce qu'on pourrait vouloir savoir de plus sur moi.

2- Comment es-tu venu à l’écriture ?
Rien d'original de ce côté, je crains ne pas pouvoir éviter le poncif "j'écris depuis tout petit", parce que c'est globalement vrai. J'ai toujours aimer raconter des histoires, surtout celles que je ne pouvais pas trouver dans les livres déjà imprimés. Je ne sais pas où sont aujourd'hui les carnets de la honte où je m'imaginais humblement entre Lovecraft et Tolkien, mais ils existent, enfouis quelque part, remplis d'histoires ras les marges de clichés et d'adjectifs surnuméraires.
Toutefois, ce n'est qu'assez récemment que j'ai commencé à m'intéresser à l'écriture de manière plus méthodique, et à découvrir avec plaisir l'enchevêtrement de règles qui modulent le déroulement d'une intrigue, le rythme d'une scène, la caractérisation d'un personnage ou l'impact d'une description. Là, l'écriture est devenue encore plus intéressante : j'ai enfin pu comprendre mes erreurs, tenter de nouvelles choses, et m'améliorer. C'est bien plus facile de se motiver à écrire un nouveau texte quand on peut l'espérer meilleur que le précédent.

3- Dans deux de tes nouvelles « Eko » et «  Sous l'éternel ciel bleu » tu traites du chamanisme. Qu’est ce qui t’intéresse dans cette thématique ? Comptes tu l’explorer plus avant ?
Le chamanisme, ou plutôt les chamanismes (on en trouve tellement de variantes sur tous les continents), manipulent des concepts comme les états seconds, la communication avec les esprits, ou encore le voyage astral, qui me servent surtout à aborder une seule et unique question qui m'est très chère : qu'est-ce que la conscience ? Pourquoi avons-nous ce petit film à l'intérieur de notre tête et ce monologue personnel, comment la conscience peut-elle émerger d'un assemblage de molécules, quelles en sont les limites, peut-il y avoir des consciences de nature radicalement différentes... Autant de questions auxquelles la science a encore beaucoup de mal à répondre, et où l'imaginaire peut donc se fendre d'un rôle un minimum spéculatif.
D'une manière générale, ce thème revient déjà très souvent dans mes textes, même si je n'y mets pas forcément un chamane pour l'illustrer. Dans Caver Den et Le sang et l'acier, le personnage principal peut étirer sa conscience vers d'autres entités, animales, humaines ou artificielles. Dans Monologue et Mémoires mortes, on croise des consciences virtualisées. Dans Le silence de Shiva, je déplace une conscience humaine de son corps d'origine vers un corps robotique. Et dans Eko et Sous l'éternel ciel bleu, on assiste à une expérience extra-corporelle. Autant de manières d'explorer des cas aux frontières hypothétiques de la conscience.

4- Tu vas publier une série issue de ta novella Caver Den chez Realities INC. peux tu nous en parler ?
Elle devrait arriver sur les étals en 2019. Caver Den avait bien plu à ses lecteurs, plusieurs réclamaient une suite, et je n'avais pas exploré toutes les possibilités que m'offrait Linh, le personnage principal, un animalier capable de communier par télépathie avec certains animaux.
La saison est courte, trois épisodes relativement indépendants entre eux. Il y a de quoi voir du pays, puisqu'on y passe des déserts de Caver Den à une station spatiale en orbite d'une géante gazeuse, pour finalement redescendre sur la planète natale de Linh, dans un village de pêcheurs, flottant en bord de mangrove. Avec, cela va sans dire, tout un nouveau bestiaire à rencontrer, pour mettre les facultés télépathiques de Linh à rude épreuve.
Comme la novella originale, le ton y reste surtout divertissant. De la SF enrobée d'aventures et d'actions.

5- Quels sont tes autres projets littéraires ?
J'ai dans mes tiroirs un petit roman de space opera, Goto Mojo, que j'aimerais toujours placer chez un éditeur. Une histoire de pirates de l'espace, une chasse au trésor avec flibustiers et coloniaux, dans un univers où ce sont les robots qui pratiquent le vaudou.
Sinon, je travaille actuellement sur un autre roman, très vaguement inspiré de l'univers évoqué dans Eko. Le défi est complexe, j'aimerais éviter de faire un texte cyberpunk trop conventionnel ou un sous-Shadowrun, mais plutôt quelque chose qui apporte un minimum d'originalité à un genre déjà bien exploité. L'intrigue se déroule dans un monde futur où des mages parviennent à animer des "serviteurs" en se plongeant en transe, et où certains personnages explorent la piste d'IA pouvant simuler la transe à leur place. Évidemment, cela parlera donc en large, en long et en travers de ce qu'est la conscience !

samedi 26 janvier 2019

Géante Rouge HS Prix Alain Le Bussy 2018

Géante Rouge vient de mettre en libre téléchargement un numéro spécial composée des textes demi finalistes du prix Alain Le Bussy.
La dystopie s'y taille la part du lion mais l'on trouve quelques autre thèmatiques dans certaines nouvelles.

"le dilemme du faux semblant " de Jean Jacques Jouannet est une nouvelle à la fois asimovienne et dickienne dont je ne parlerais pas plus avant. Classique mais solide.

"Une épine parmi les étoiles" de Franck Petruzelli nous présente le blues du pilote d'un vaisseau à génération. Une texte extrêmement ennuyeux. Peut être normal pour un texte sur l'ennui. Mais très dispensable. Un exercice de style.

"Melusin€" de Jean Marc Levadoux est un autre texte assez dispensable. Une reconstruction du mythe de Mélusine sur fond de réalité virtuelle et de capitalisme. Un peu facile.

"Le signal" de Simon Boutreux est une nouvelle qui pêche par sa longueur. Le comble pour une nouvelle. Avec 2000 ou 3000 signes de moins la nouvelle aurait sans doute été bien plus percutante.

"Plan Q.s" d'Edwyge. Un texte amusant sur la séduction dans un monde dystopique. Qui se paye le luxe d'avoir une fin optimiste.

"Jeux de dame" de Philippe Pinel. Autre dystopie, un peu facile celle là. Très proche de notre monde. Où il est question de standardisation des individus. Là aussi un peu facile. Et dispensable.

"Un monstre peut en cacher un autre" est une dénonciation du complexe militaro-industrielle sur fond de politique galactique. assez solide.

"Atropos" de Vincent Ferrique est un texte cyberpunk post apocalyptique avec ses faux semblants et sa surprise finale. Là aussi le complexe militaro-industriel est évoqué. Et nous avons un worldbuilding qui nous donne envie d'en savoir plus sur cet univers dominé par les USA devenu un empire dystopique.

"Manta" de Claude Caré est une autre intrusion dans le domaine du space opera ( le parent parent pauvre de ce recueil). On y aborde le thème très moderne des réfugiés. Que trouveront - ils au bout de l'exil ? Echapperont-ils à leur destin ?

Je confesse ne pas avoir été capable de terminer "le centre et la périphérie" d'Edouard Sueur, texte avec lequel on se croirait revenu aux pires moments du groupe Limites.

Avec "la cité flottante", Françoise Grenier Droesch nous propose un texte poétique avec un univers très travaillé. Encore une dystopie où un jeune homme, clandestin essaie de s'échapper. Mais la fuite est elle possible ? Une des bonnes surprises du recueil.

Dans "Illusions", Marie Latour s'attaque au thème de la réalité truquée dans un texte que n'aurait pas renié Philippe K Dick.

Dans "Dolorés", Audrey Pleynet évoque la marchandisation de la douleur. Un récit qui fait froid dans le dos qui dénonce les excès du capitalisme et qui évoque le conflit entre économie et éthique.

Avec un titre très Houellebecquien, Olivier Cébazat dans "extension du domaine du cerveau" renvoie dos à dos abrutissement médiatique et mieux disant culturel, et qui nous montre que la démocratie n'a rien à gagner d'une politique qui obligerait les citoyens à se cultiver.

"Survive on earth" de Samuel Dutacq est un bon texte sur l'évolution au contact de l'autre.

"D'Alpha à Omega" d'Odile Thibaud est un classique récit post apo d'une solide facture. Mais aussi un voyage initiatique où les deux héros vont apprendre à mieux se connaître eux même en surmontant les épreuves. Et ils découvriront que peut être le voyage n'apporte pas forcément le changement espéré.

lundi 14 janvier 2019

Les espoirs de l'imaginaire : Weggen

Weggen est un auteur qui m'a impressionné avec ces textes dans le webzine Fantasy Art And Studies. Nous tenons là un sérieux client. Un auteur qui devrait faire parler de lui prochainement.

1- Peux-tu te présenter en quelques mots ? 
Je suis d'origine marocaine, né en 1992. J'habite en France depuis 2010 où j'ai effectué des études en Pharmacie. Je travaille actuellement comme chercheur-doctorant dans un laboratoire spécialisé en controlled drug delivery.

 2- Comment es tu arrivé à l’écriture ?
Il y a de très nombreuses œuvres qui m'ont marqué tout au long de ma vie, et qui ont participé à façonner ma sensibilité. Que ce soit au cinéma, en musique, dans les jeux vidéos, les animes, la peinture, la littérature. Au bout d'un certain temps, vers la fin de mon adolescence, je ressentais simplement le besoin de m'exprimer à mon tour, de créer quelque chose qui puisse toucher profondément les gens et les émerveiller. Je me suis tourné assez naturellement vers l'écriture, car c'est le format qui me permettait de traduire ma pensée de la manière la plus instinctive ; je m'y sentais à l'aise tant pour décrire des environnements que pour sonder des personnages. Au départ je travaillais mes nouvelles dans mon coin, et puis je me suis inscrit sur un forum d'écriture aux alentours de l'été 2012. Être au sein d'une communauté d'écrivains m'a énormément aidé à progresser, recevoir des retours et pouvoir échanger avec différents auteurs est quelque chose d'inestimable à mon avis.

3 - Ton univers cosmopolite et un peu fou est très proche de la New Weird anglaise et notamment de China Miéville. Est ce une influence que tu revendiques ? 
Je n'écris pas avec en tête d'appartenir à un mouvement en particulier, mais il est vrai que certains de mes textes (ceux publiés chez Fantasy Art and Studies notamment) mêlent intentionnellement les genres de l'imaginaire, ce qui les rapproche beaucoup de la New Weird. Personnellement, je pense que c'est surtout le fait d'avoir été confronté très jeune à des univers hétérogènes (les Final Fantasy de la période Playstation ou les films de Miyazaki par exemple) qui a développé mon attrait pour des mondes hybrides. Les frontières entre SF, fantasy et fantastique ont rapidement été brouillé pour moi, donc je me pose rarement la question de savoir à quel genre je me rattache. Je sais que j'aime l'imaginaire dans son ensemble pour la liberté qu'il offre, et que chaque genre apporte une esthétique et des thématiques qui sont susceptibles de me plaire, alors pourquoi ne pas les combiner ? Au final j'essaie simplement de construire un univers qui m'enthousiasme et me ressemble, en puisant dans ce qui m'a marqué avec un minimum de cohérence.

4 - Tes univers présentent des individus d’espèces diverses qui tentent de coexister tant bien que mal. Le vivre ensemble, paraît un thème dominant dans tes textes. Pourquoi ce choix ? 
Cela ne répond pas directement à la question, mais je dirais que c'est dû au fait que je ne me retrouve pas dans les dystopies. Je préfère que mes personnages soient confrontés à des problématiques internes plutôt qu'externes, donc souvent ce n'est pas la société qui les tourmente mais leurs petits soucis personnels. Alors, comme dans la vraie vie, je pense que c'est en rencontrant des gens différents et en interagissant avec eux dans la bienveillance qu'il est possible de trouver un semblant de paix avec ses névroses. Que ces individus soient d'espèces diverses n'a pas trop d'importance pour moi, et pour eux non plus j'imagine. Je trouve que le meilleur moyen de rendre hommage à la diversité est de ne pas la relever, comme un accord tacite entre eux que oui leurs apparences sont très différentes, mais qu'au final chacun essaie simplement de trouver sa place dans la société. Vivre ensemble pour un lendemain plus supportable.  

5 - Quels sont tes principaux projets littéraires ? 
J'ai participé au NaNoWriMo 2018, qui consiste à écrire un roman de 50000 mots en un mois. Le premier jet est bouclé, il s'agit du roadtrip d'une vagabonde, d'une prêtresse et d'un spectre hantant une guitare électrique dans un univers encore une fois très hybride. Je suis en train de corriger le manuscrit pour faire en sorte qu'il soit prêt d'ici septembre 2019. Entre temps, je pense consacrer quelques semaines à la préparation d'un recueil un peu spécial, avec une sorte de mise en abîme sur mes propres nouvelles. Sur le plus long terme, j'ai un texte très conséquent que je compte reprendre d'ici la fin de l'année, ça parle de foot féminin lycéen dans un monde mâtiné d'un peu de magie, qui empruntera beaucoup aux light novels

vendredi 21 septembre 2018

Les webzines, moteur du renouveau ?

En France la plupart des webzines importants ( Outremonde, Mots et Légendes, Nouveau Monde) se sont mis en sommeil. Mots et Légendes s'est transformé en maison d'édition, Outremonde a donné naissance aux éditions Sombres Rêts. Mais le texte court en ligne n'a jamais été vraiment publié massivement.D'ailleurs tous les projets que je cite sont faniques et ne rémunéraient pas leurs auteurs. Mais leur contenu n'avait rien à envier à des magazine professionnels. Et pourtant.....
Dans le monde anglo-saxon les webzines se multiplient qu'ils soient professionnels ( Lightspeed, Clarkesworld, Apex, Uncanny, Beneath Ceaseless Skies...) ou semi professionnels (Strange Horizons, Fireside, Giganotosaurus, Future Fire.....). Mieux encore le principal portail, Tor.com, publie régulièrement des nouvelles (au moins une par semaine, plus durant certaines périodes). Et le cas de Tor.com n'est isolé. En Espagne, ciencia-ficcion.com, principal portail espagnol publie aussi des nouvelles. C'est le cas aussi du portail allemand, phantastik.de. Je ne connais pas par contre la situation des webzines dans ces pays.
Les webzines anglo-saxons ont permis de révéler une génération d'auteurs, souvent atypiques. Qui ont ensuite été publiés dans les grandes revues papiers. Ils ont contribué au renouveau des genres de l'imaginaire. Et si l'on regarde en France, les auteurs publiés par Outremonde ou Mots et Légendes (Kevin Kiffer, Jean Bury, Philippe Deniel, Didier Reboussin, Aurélie Wellenstein, Romuald Herbreteau, Anthony Boulanger....) sont de vrais espoirs de l'imaginaire. Certains sont en train de passer au roman. On se prend à rêver que de vrais supports professionnels numériques existent avec leur modèle économique. Qu'un portail comme ActuSF prenne exemple sur Tor.com et publie régulièrement des nouvelles. Mais il paraît qu'en France le texte court n'intéresse personne. Peut - être que si l'on essayait ça changerait les choses.

mercredi 12 septembre 2018

Les espoirs de l'imaginaire : Guillaume Sibold

Peux tu te présenter en quelques mots ?

Je suis né en 1986 à Strasbourg de parents enseignants. C'est par eux que j'ai eu le gout de la lecture, surtout par mon père qui m'a transmis son amour pour les littératures de l'Imaginaire avec ses vieilles collection du genre (notamment Présence du Futur ou Bibliothèque Fantastique Marabout). Après quelques faux départs, je me suis tourné vers la librairie, domaine dans lequel je travaille depuis 12 ans. A coté, j'ai donné des cours sur les littératures de l'Imaginaire à l'INFL (Institut National de Formation en Librairie), structure dans laquelle j'ai fait mes études et je fais des critiques pour Elbakin depuis 2012.

Comment es tu arrivé à l'écriture ?

Question intéressante car épineuse. Je ne sais plus vraiment. Je crois que c'est vers 2002, j'étais en internat et la bibliothèque de mon lycée n'était que très peu fournie en littérature de l'Imaginaire. Je crois qu'après avoir tout lu, j'ai commencé à griffonner deux trois idées que j'avais. Mais ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai réussi à faire des histoires cohérentes du début à la fin. Il a fallut attendre encore quelques années pour que je passe le pas et que je propose une de mes nouvelles à un Appel à Textes (en 2016 si je me souviens bien).

Peux tu nous parler de Conrad Stregoicavar, ton personnage récurent de sword & sorcery ?

Je ne sais pas si on peut parler de personnage récurent vu que seulement une nouvelle a été publié ("Les dangers de Samarilla"). Mais c'est vrai que j'ai écris plusieurs textes avec ce personnage qui, bien qu'impubliables pour diverses raisons, m'ont aidés à mettre en place son univers.
Conrad, c'est l'archétype du héros solitaire qui parcours les territoires désolées de sa patrie (la Strygie)pour essayer d'améliorer les choses. Car ce personnage est intiment lié aux terres maudites qu'il parcours, ou monstres et maraudeurs font régner la terreur. Le pourquoi il fait ça n'est pas vraiment expliqué et n'est pas le plus important. Disons qu'il représente ces forces brutes qui agissent selon un code de l'honneur qui leur est propre et que les autres personnes ne peuvent pas forcément comprendre. 
Pour créer cet univers, j'ai beaucoup été influencé par mes lectures (Howard, Gemmell, Lovecraft...) mais aussi par les contes et légendes d'Alsace et d'Europe de l'Est (notamment la Pologne et l'Ukraine), les livres d'histoire sur l'Alsace (et sur la Guerre de Trente ans particulièrement) ainsi que par l'ambiance sombre de l'univers du jeu de figurine Warhammer Battle. 

Quels sont tes autres projets littéraires ?

J'en ai plusieurs. Je serais au sommaire d'une anthologie pour Mots & Légendes, l'éditeur avec lequel j'ai publié "Les Dangers de Samarilla", avec une nouvelle post-apocalyptique.
Ensuite, outre quelques Appel à Textes qui m’intéressent, je suis en phase de relecture de deux romans avant un envoi aux éditeurs. Le premier est un récit Fantastique se déroulant au Mexique dans les années 90. L'autre est une histoire de Super-Héros dans un Strasbourg post-apocalyptique.
J'ai aussi des idées pour d'autres histoires mais que je ne développerais qu'une fois mes projets en cours fini. 

mardi 21 août 2018

N'ayez pas peur

Il n'y a pas pire qu'un homme qui a peur. La peur fait prendre des décisions irrationnelles et peut mener vers les abimes de notre société. Alors une foule qui a peur c'est encore plus dangereux.
Tout ça pour dire que quand l'anticipation joue à nous faire peur avec la dystopie et nous dire que le pire est toujours sûr, elle prétend faire acte d'avertissement. Mais l'homme qui a peur ne va pas changer le monde. Au contraire. Donc faire peur n'est peut être pas la bonne stratégie.
Si parler du monde tel qu'il est et présenter les dérives de nos société est nécessaire, ce n'est peut être pas suffisant. Dans le monde sous informé des années 70 parler de l'environnement ou des problèmes sociaux était nécessaire parce que la SF était la seule à communiquer sur ces sujets. Comme plus tard le cyberpunk a communiqué sur les dangers des multinationales. Mais dans le monde sur-informé et anxiogène des années 2010 où personne n'ignore le réchauffement climatique, le terrorisme, les dérives financières.... peut être que la stratégie doit être différente. Certes il y a eu de l'anticipation optimiste dans les décennies précédentes ( Roland C Wagner et Richard Canal s'y sont essayé dans les années 90 par exemple).
Mais en 2008 Jetse de Vries lance l'anthologie Shine, pour présenter des visions positives de l'avenir. D'autres anthologies d'ailleurs ont été dans ce sens là à la même époque. Des autrices comme Genevieve Valentine, Ada Palmer ou Analee Nevitz ont démontré récemment leur volonté de continuer ce mouvement ( et sans doute d'autres auteurs que je n'ai pas identifié). Le mouvement Solarpunk veut présenter des futurs où l'humanité aurait triomphé du réchauffement climatique grâce à l'alliance de la technologie et de l'action éco-citoyenne volontariste.
En France cette tendance a été relayé par Patrice Lajoie et son anthologie Futurs Radieux chez Rivière Blanche. Citons également Jean Christophe Gapdy qui présente une vision positive du multuculturalisme à travers ses textes. Mais dans l'ensemble c'est mince. Le futur proche, chez nous c'est encore les futurs de cauchemars. La mise en avant qu'a eu les romans récents de Laurent Kloetzer nous le prouve de manière éclatante que la noirceur et le sombre dictent encore leur loi dans l'anticipation du proche futur hexagonale.
Une véritable prise de conscience qui prouve que parler du pire n'est peut être pas la seule voie. Que présenter des visions positives peut dissiper les peurs de l'avenir. Pousser l'individu à redevenir un citoyen et pas seulement un consommateur apeuré.
Alors présenter des sociétés où l'on a triomphé du réchauffement climatique, ou le multiculturalisme est présenté comme une chance, ou la diplomatie est plus forte que la guerre..., non seulement ça fait du bien mais ça ouvre des perspectives fascinantes qui peuvent réconcilier la SF avec le monde.